La titrisation va servir la cause de la finance responsable, après avoir été fustigée comme l'outil de la financiarisation excessive de l'économie. Microfis s'apprête ainsi à utiliser une structure en forme de fonds commun de titrisation (FCT) pour rapprocher les investisseurs français des institutions de microfinance (IMF), lesquelles octroient des prêts à des microentrepreneurs pour l'équivalent de quelques dizaines ou centaines d'euros. «Alors que la demande potentielle pour investir dans la microfinance ne fait que croître, l'offre est quasiment inexistante, explique Cyrille Parant, fondateur de Microfis avec Stéphane Remus-Borel, deux ex-banquiers d'affaires. Sur 10 milliards de dollars que représentent les investissements institutionnels de microcrédit dans le monde, les Français ne détiennent que 1% des encours. D'où notre projet de plateforme pour sélectionner les institutions de microfinance et les mettre à portée des grands établissements de la Place avec des instruments financiers appropriés ».
A la différence d'une titrisation classique, le montage prévoit de placer les prêts aux IMF – d'un montant moyen équivalent à 2 millions d'euros – dans des compartiments à chaque fois différents du FCT. Le passif – en forme d'obligations de 50.000 euros – sera constitué de parts distribuées aux investisseurs ayant approuvé le prêt en question. «Il s'agit d'une transformation de dette internationale en des titres de droit français, ce qui simplifie largement les choses pour les organismes de placement collectif, en comparaison de l'acquisition d'une créance sur l'étranger, explique Xavier de Kergommeaux, associé chez Gide Loyrette Nouel. Autre avantage, les titres seront plus facilement cessibles sur le marché secondaire».
Microfis se veut un instrument de place et son capital sera détenu par les investisseurs utilisateurs de la plateforme, sept d'entre eux étant d'ores et déjà sur les rangs. Par ailleurs, les grands noms du conseil planchent sur sa conception, comme Tikehau Investment Management pour la structuration du FCT, les cabinets Gide Loyrette Nouel, Mazars et Eurogroup, outre divers organismes de microcrédit. Prévu pour fin avril prochain, l'agrément du CECEI devrait ouvrir la voie à un démarrage des financements d'ici juin.