Allocation d'actifs

Le potentiel des classes d'actifs reines s'érode progressivement

Les allocataires ont profité, depuis quelques mois, des anomalies sur le marché des obligations d’entreprises et se sont à nouveau exposés aux actions L’Agefi Actifs compare l’allocation de deux gestionnaires, Aviva Investors et UFG-LFP, qui s’accordent à penser que les futures allocations devront être plus subtiles qu’aujourd’hui

Par Franck Joselin le 16/10/2009 pour L'AGEFI Actifs

 
 

Le potentiel des classes d'actifs reines s'érode progressivement

Même si certains prévisionnistes attendent encore des remous sur les marchés d'ici à la fin de l'année, et plus encore l'année prochaine, les actions ne font plus figure de repoussoir comme cela était le cas il y a 12 mois à peine. Il est donc temps pour les allocataires de revoir leurs positions et, pourquoi pas, de reprendre progressivement une exposition aux produits risqués. Comment les gérants réallouent-ils leurs ressources après la crise ? Si rien n'est certain sur les actions, ils ont tout de même retrouvé les vertus de la diversification aussi bien en termes de classes d'actifs que sectorielle.

Peu de potentiel sur les emprunts d'Etat.
La panique sur les marchés avait poussé massivement les investisseurs vers les produits les moins risqués. Aujourd'hui, le potentiel sur cette classe d'actifs reste limité. « Nous sommes sous-investis sur les emprunts d'Etat, même si les politiques monétaires restent accommodantes. Les marchés anticipent une sortie de crise lointaine mais ce scénario peut vite être invalidé », explique Joël Konop, responsable de la gestion diversifiée chez UFG-LFP. Il est vrai qu'un rendement sur les emprunts d'Etat à 10 ans en Europe aux environs de 3,2 % a de quoi inciter à réfléchir à d'autres placements plus rémunérateurs.

Fin de la période exceptionnelle pour le crédit.
Sur les obligations d'entreprises (corporate), la situation est différente. Les mouvements de la fin de l'année dernière ayant engendré des dysfonctionnements sur ces marchés, certaines d'entre elles ont présenté des taux de rendement exceptionnels. Aujourd'hui, la situation tend à se normaliser et ces produits ne sont plus aussi attractifs qu'ils ont pu l'être il y a quelques mois.
Pascal Heurtault, directeur des investissements chez Aviva Investors France, reste positionné sur cette classe d'actifs :« Le marché obligataire offre toujours un portage intéressant par rapport au monétaire, en écartant pour l'heure tout risque de remontée brutale des taux. Bien que les belles signatures corporate(investment grade) soient arrivées à des niveaux d'écart (spread) avec les taux sans risque relativement bas, nous les maintenons dans les portefeuilles. En revanche, nous renforçons les signatures bancaires de bonne qualité (dette senior) présentant encore des spreadsélevés qui devraient se réduire compte tenu du renforcement des fonds propres et d'un business model moins risqué. »
De son côté, Joël Konop est plus mesuré et amorce une phase d'allégement de son exposition sur le crédit : « Sur l'investment grade, nous restons présents mais nous commençons à prendre nos profits. Une remontée des taux impacterait le portage qui reste toujours positif aujourd'hui et nous préférons le marché d'actions qui nous semble plus porteur. »Sur les titres les plus risqués de haut rendement (le high yield), le gérant a aussi d'ores et déjà pris ses profits.

Retour progressif sur les actions.
Sans surprise, la préférence des gestionnaires va aujourd'hui aux actions. Non qu'elles ne soient pas susceptibles de connaître des retournements, mais le rendement espéré sur ces actifs par rapport à leur niveau de risque est redevenu attractif, sans distinction de secteur, comme cela a été le cas pendant les premiers mois de l'année. « Nous avons commencé à réallouer nos liquidités vers les actions dès le mois de novembre 2008. A cette époque, les niveaux de valorisation sur certains dossiers étaient déjà bradés », note Pascal Heurtault.
De son côté, Joël Konop augmente actuellement ses pondérations sur les actions. « Nous préférons l'Europe, précise-t-il, notamment pour des raisons de valorisation. Nous n'avons pas de biais sectoriel, le choix de valeurs faisant la différence. Nous sommes très diversifiés. Nous sommes très positifs sur la zone émergente qui bénéficie de fondamentaux solides. » Sur ce dernier point, Pascal Heurtault reste un peu plus mesuré, même si la zone est toujours présente dans son allocation : « Nous sommes revenus en février et en mars sur les pays émergents. Cependant, cette zone offrant selon nous le même couple rendement/risque que les actions européennes, cela nous dissuade aujourd'hui de renforcer nos positions. »

Normalisation.
Les gérants reviennent donc progressivement sur les actions même si, depuis quelques semaines, les valorisations se révèlent plus conformes à leur moyenne historique. « Les entreprises ont fait des efforts pour améliorer leurs marges. Ainsi, toute hausse des chiffres d'affaires devrait suffire à faire croître sensiblement les bénéfices. Nous estimons donc que les résultats devraient réserver de bonnes surprises dans les trimestres à venir, même dans l'hypothèse d'un cycle de reprise macroéconomique modéré », estime Pascal Heurtault.
Depuis quelques mois, la configuration des marchés est telle que toutes les classes d'actifs risquées ont performé, « mais ce scénario ne se reproduira pas à l'identique l'année prochaine, anticipe Joël Konop. L'allocation devra être plus subtile que cette année où le rattrapage s'est opéré classe d'actifs après classe d'actifs (le crédit avant les actions). »

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