La majorité des panélistes de L'Agefi s'attend à une baisse du refi à 0,75% dans les trois mois à venir. Mais ils ne parient pas forcément sur un mouvement dès la réunion de la Banque centrale européenne ce jeudi. Si la situation sur les marchés de la dette s'est sensiblement apaisée depuis l'opération de refinancement des banques à trois ans (LTRO), les conditions d'accès au crédit se durcissent encore dans la zone euro. La LTRO du 28 février pourrait encore apaiser les tensions, avant un nouveau geste sur le refi.
Parmi nos panélistes, seuls Commerzbank, CPR AM, Dexia AM, La Française AM et Unicredit estiment que le taux de refi devrait être maintenu à 1% au cours des trois mois à venir. Il faut dire que depuis la LTRO de la fin du mois de décembre, les taux des dettes souveraines se sont significativement détendus. Ainsi, les rendements italiens à 10 ans sont retombés à 5,6% alors qu'ils étaient à 6,4% avant que la BCE ne prête à trois ans.
La détente s'est aussi fait sentir du côté des banques. Rabobank, Nordéa, ABN Amro, ING et Crédit Mutuel Arkea, entre autres, se sont aventurés sur le marché de la dette senior non sécurisée depuis le début de l'année. Compte-tenu de ces signes d'amélioration, les économistes d'UniCredit n'attendent pas de changement du refi à court terme. Mais ils estiment que la BCE est dans une position délicate. «Alors que l'environnement financier et macroéconomique s'améliore peu à peu, la monnaie et la croissance du crédit s'affaiblissent», notent-ils.
L'enquête trimestrielle de la BCE sur le crédit, publiée la semaine dernière, est au coeur des arguments des analystes. Elle révèle que les banques de la zone euro sont plus nombreuses à témoigner d'un durcissement des critères de distribution du crédit que d'un assouplissement. Les économistes d'UniCredit préfèrent relativiser son impact: «dans la zone euro, le crédit est plutôt un indicateur tardif et le ralentissement de la croissance du crédit est largement le reflet de l'intensification de la crise souveraine dans la deuxième partie de 2011». Autrement dit, si l'embellie de ces dernières semaines se confirmait, «un credit crunch devrait être évité».
Cet optimisme est loin d'être partagé par tous. Ainsi les économistes de BNP Paribas parient sur une baisse du refi de 25 points de base dans les trois mois à venir, compte-tenu des difficultés croissantes d'accès au crédit. «Les conditions monétaires dans la zone euro sont beaucoup trop restrictives, surtout étant donné le contexte de rigueur budgétaire exceptionnel», notent-ils.
Cependant, la baisse des taux a, selon eux, plus de chances d'être annoncée en mars prochain, après la seconde LTRO du 28 février, pour laquelle les critères d'éligibilité du collatéral auront encore été assouplis. Au sein de notre panel, UBS, Aurel BGC et Barclays attendent même un assouplissement de 50 pb dans les trois mois.
Côté changes, même si l'euro traitait à 1,30 dollar vendredi, la prévision des panélistes est passée de 1,29 début 2012 à 1,27 ce mois-ci. Par ailleurs, ils anticipent un yen à trois mois à 77,30 contre dollar, quasiment équivalent à celui du mois dernier (77,12 contre dollar) alors que la probabilité d'une intervention de la Banque du Japon augmente.