Il est de ces établissements dont on annonce toujours la fin et qui perdurent malgré les difficultés. Fondé en 1852, le Crédit Foncier de France (CFF) n'est plus aux mains de l'Etat et n'a plus de gouverneur, il a été racheté par l'Ecureuil en 1999 et a repris du poids en 2004 avec Entenial (réunion de la banque La Hénin et du Comptoir des Entrepreneurs), avant d'être ballotté par son actionnaire. D'abord lié à la constitution du pôle immobilier de la Caisse nationale des Caisses d'Epargne (CNCE), qui a racheté en début d'année les 23,4 % de son capital qu'elle avait auparavant cédés au promoteur Nexity (lui-même filiale à 39,6 % de la CNCE), le sort du CFF l'est aujourd'hui au sauvetage de Natixis, filiale commune des Banques Populaires et Caisses d'Epargne. Cet objectif ultime, raison essentielle du rapprochement des deux groupes au sein de BPCE, dont il est finalement laissé à l'écart, pèse sur l'avenir du CFF.
Sera-t-il vendu ? « Il faut attendre la fin d'année et la revue stratégique réalisée par François Pérol, indique François Blancard, directeur général du CFF (lire l'entretien). Le président décidera comment affecter les fonds propres du groupe. » En interne, on n'est pas moins réservé : « Etant donné la situation de Natixis, les fonds propres du groupe et le fait que l'Etat a déjà mis la main à la poche pour éviter le pire, on peut légitimement se demander s'il faudra vendre les bijoux de famille, remarque un salarié de plus de 30 ans. Le Crédit Foncier pourrait être cédé pour 2,8 à 3 milliards d'euros, avec une plus-value non négligeable. Mais le conserver donne du sens au pôle immobilier et permet de remonter vers le groupe des résultats nets positifs » (220 millions d'euros à fin 2008). Par ailleurs, des rumeurs annoncent la nomination, lors du conseil d'administration du 29 juillet, de Guy Cotret, retenu par François Pérol pour la direction générale de BPCE, comme président du CFF. Si ni le Crédit Foncier ni l'Ecureuil ne les commentent, celles-ci traduisent tout au moins une prise de conscience : il faut, entre l'actionnaire et sa filiale, un président qui ait toutes les cartes en main pour l'avenir. Dirigeant du pôle immobilier de l'Ecureuil et ancien directeur général du CFF, Guy Cotret aurait sans doute davantage le profil qu'Alain Lemaire, qui serait ainsi un éphémère remplaçant de Nicolas Mérindol, directeur général de la CNCE qui a occupé cette fonction du 23 juillet 2007, lors du changement de gouvernance du CFF, à son départ du groupe, au mois de juin.
Equilibrer les clientèles
De fait, le Crédit Foncier, dont l'activité de crédit hypothécaire repose aujourd'hui sur trois axes - les particuliers en France, les sociétés publiques et privées françaises, et l'international -, ne va pas si mal. Avec 47 millions d'euros de résultat net au premier trimestre 2009, un coefficient d'exploitation alors amélioré à 64,6 % et 2,3 milliards de fonds propres, malgré ses 166 millions de provisions l'an dernier (essentiellement collectives), le Crédit Foncier aurait enregistré un produit net bancaire (PNB) « frais » de 285 millions d'euros à fin mai (en baisse de 7 % depuis la fin 2008), selon des documents que L'Agefi Hebdo s'est procuré. Alors que ce PNB révèle une augmentation sensible de la proportion de particuliers servis par le réseau du Crédit Foncier (de 31 % à 51 %), le directeur général du CFF veut tendre à un équilibre entre cette clientèle et celle des entreprises.
C'est un des fondements du plan de développement qu'il a présenté le 1erjuillet à 500 cadres réunis au théâtre Marigny. Malgré l'hypothèse d'une cession, François Blancard veut se projeter dans l'avenir, selon un schéma qui vise à renforcer le Crédit Foncier dans son coeur de métier grâce à des relais de croissance qui contribueraient pour 30 % à son PNB en 2012 (voir le graphique). Sur le front des particuliers, il s'agit de pénétrer de nouveaux marchés de crédit ; sur celui des corporates de se développer à l'étranger. Le coeur de métier se trouvant dans les deux cas au sein du siège et des réseaux traditionnels (140 agences Crédit Foncier), de nouveaux marchés ont été identifiés : six pour les particuliers (avec les non-résidents, le patrimonial haut de gamme, le rachat de crédit, etc.) et trois pour les corporates (notamment les partenariats public-privé), ainsi que de nouveaux « formats » de distribution.
La partie la plus visible réside bien entendu du côté des particuliers. Après avoir exhumé la marque La Hénin en début d'année pour la déployer sur les dix points de vente Entenial, le CFF entend développer ce réseau d'entrepreneurs, experts de l'investissement patrimonial sur 200 points de vente en 2010 (en mai 2009, ses 83 « correspondants » ont représenté 8 % du pôle Particuliers avec 206 millions d'euros de production). Quant à la vitrine de demain, elle se dressera boulevard des Capucines à Paris (lire l'encadré). Le « mégastore » imaginé par le Crédit Foncier sera le prolongement d'un nouveau site internet qui doit, lui, être lancé en novembre. « Crédit Foncier : la marque est claire, mais il faut dynamiser son image un peu trop institutionnelle, explique Philippe Druart, directeur stratégie, communication et relations institutionnelles. Le mégastore n'est pas un show-room, c'est une façon d'aborder l'immobilier autrement, un nouveau mode de distribution basé sur l'innovation et la qualité de services, regroupant en un seul lieu toutes les étapes de la chaîne de valeur de l'immobilier. » Le concept pourrait être décliné dans des métropoles régionales comme Lyon ou Marseille.
Mobiliser les équipes
La distribution auprès des entreprises privées et publiques n'est pas délaissée. Parmi les relais de croissance qui ont déjà une réalité (au nombre de sept), le financement des collectivités publiques internationales a ainsi représenté 329 millions de « PNB frais » en 2008 aux côtés du logement social ou des produits de titrisation hypothécaire (residential mortgage-backed securities). Par ailleurs, cinq autres relais sont en cours de mise en oeuvre, comme le financement des opérateurs privés à l'international, « mais avec des lenteurs », indique un document interne, qui représenteraient « un risque opérationnel ». Enfin, quatre nouveaux relais doivent compléter le dispositif, dont la mise au service de la direction des entreprises et des investisseurs de savoir-faire propres à la direction des opérations financières afin d'« élaborer une offre proposant les meilleures combinaisons relatives aux taux, au change et à la durée ».
Pour mener à bien ces seize chantiers au total, sachant que neuf groupes de travail, avec cent personnes impliquées, auraient été mis en place, la direction des ressources humaines doit pour sa part intensifier les mobilités vers le front-office (de 94 en 2008 à 300 en 2012) et subvenir aux nouveaux besoins de compétences avec des plans de formation et des passerelles entre métiers, alors que l'ensemble du personnel (3.500 collaborateurs) est passé sous la seule convention bancaire il y a un an. Au-delà de ce fait récent, l'esprit de corps de cette maison est une réalité, puisqu'elle possède la plus ancienne intersyndicale de la profession : sept organisations unies depuis 1995, année où le CFF découvre qu'il est contaminé par la crise de l'immobilier et perd la distribution exclusive des prêts d'accession à la propriété. Les dirigeants du Crédit Foncier doivent composer avec. Mais ils ont déjà obtenu beaucoup. « Nous avons su réaliser un plan de réduction de 140 millions d'euros qui a permis de tenir un résultat en hausse de 4,6 % en 2008, souligne ainsi Thierry Dufour, directeur général délégué. Une croissance qui devrait être confirmée en 2009. »