Dossier Capital-investissement

Le capital-risque français se cherche un avenir

La levée de fonds « venture » devient très incertaine auprès des particuliers et des institutionnels, faute d'une épargne-retraite longue.

Par Fabrice Anselmi le 08/04/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 


La crise financière - et son impact sur les budgets R&D des industriels - aurait dû être un bon motif pour investir dans l'innovation... Mais la crise ne stimule pas la prise de risques. En France, le capital-risque reste, comme après 2001, soutenu par les FCPI, fonds communs de placement investis dans l'innovation (à 60 %), en échange d'une réduction fiscale (sur l'IR ou sur l'ISF). Ils ont représenté les deux tiers des levées de fonds en 2009 (voir le graphique), mettant en relief l'abandon progressif des investisseurs institutionnels, symbolisé par les difficultés de levée du dernier fonds de Sofinnova (260 millions d'euros).

Des performances décevantes

« Les performances déçoivent », avancent la plupart des fonds de fonds, reflétant la vision de ces investisseurs. Les taux de rendement interne (TRI) nets publiés pour le venture par l'association européenne du capital-investissement (Evca) à fin 2009 auraient tendance à leur donner raison : +0,7 % sur cinq ans, +1,6 % sur dix ans (contre +11,8 % pour le leveraged buy-out - LBO).

« Pas assez de 'business angels' pour faire le pont avec les start-up », « manque d'analystes spécialisés en technologies pour des sorties en Bourse » ; les observateurs dénoncent un écosystème « en retard par rapport aux Etats-Unis ». « Mais les transformations profondes du capital-risque se traduiront dans les prochaines années par des performances très différentes de celles du passé », anticipe Christophe Bavière, président d'AGF PE (en cours de rapprochement avec l'IDI), en évoquant l'émergence de « serial entrepreneurs » et le dynamisme des start-up françaises. « La progression des LBO avant la crise a masqué les performances des meilleurs fonds de 'venture', sans doute plus décorrélées des marchés financiers. »


Lui qui lève actuellement un deuxième fonds de fonds labellisé France Investissement, à investir encore pour moitié en capital-risque, dénonce la frilosité de nombreux institutionnels. A leur décharge, ceux-ci ne bénéficient pas en France de véhicules d'épargne longue comme les fonds de pension anglo-saxons, scandinaves ou asiatiques.

« Face aux normes prudentielles Solvabilité II, nous avons proposé entre autres, notamment aux Etats généraux de l'industrie*, en s'inspirant des anciens contrats DSK/NSK, de créer un produit en unités de comptes (UC) avec un compartiment non coté, investi notamment dans l'innovation, voire d'allonger de huit à douze ans la durée des contrats d'assurance vie bénéficiant de l'exonération fiscale », explique Hervé Schricke, président d'XAnge PE et du groupe capital-risque de l'Association française des investisseurs en capital (Afic). Jamais vraiment atteint, le quota de 2 % d'encours sous gestion de l'assurance française consacrés au non-coté a encore été évoqué, ce qui, sur 1.200 milliards d'euros, ne serait pas négligeable, même avec seulement un dixième des 2 % pour l'innovation... « Il faut conserver un capital-risque aux standards internationaux », poursuit Hervé Schricke.

Parmi les autres suggestions, on trouve un éventuel avantage fiscal pour le corporate venture - « peut-être faut-il en effet revoir la répartition des risques entre capital-risqueurs et industriels », évoque aussi Marc Le Bozec, directeur financier de la biotech cotée Cellectis -, l'ouverture de la part du Livret de développement durable (LDD) destinée aux crédits aux fonds propres des PME, etc. Globalement, les professionnels sont plutôt confiants dans le maintien, au-delà de 2010, des FCPI. Déjà contraint depuis l'automne à une période d'investissement maximum de seize mois, le dispositif pourrait être amélioré, par exemple, afin de favoriser l'amorçage avec des déductions fiscales proportionnelles aux risques encourus.
 


*Présidés par Jean-Louis de Bernardy, également président de l'Afic

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