Par bien des aspects, le premier projet de budget présenté par le nouveau président des Etats-Unis est sans précédent. Crise oblige, tant le total des dépenses programmées au titre de l'année fiscale en cours – 3.940 milliards de dollars – que le déficit attendu désormais – 1.750 milliards de dollars, soit 12,3% du PIB – n'ont jamais été atteints. Mais la Maison Blanche entend engager dès 2010 la reprise en mains des finances publiques, en ramenant les dépenses à 3.550 milliards de dollars et le déficit à 1.170 milliards, tout en engageant de profondes réformes et au prix de choix dont le président a prévenu qu'ils seront «durs» et ne feront pas l'unanimité. Les 2,6 millions d'Américains les plus aisés verront leur fiscalité s'alourdir de 1.000 milliards de dollars. Le budget prévoit la suppression de quatre milliards de subventions de prêts étudiants, et une réduction drastique des subventions à l'assurance santé.
Parmi les dépenses nouvelles, une enveloppe de 250 milliards de dollars supplémentaires est prévue pour soutenir les banques, et destinée à permettre l'acquisition d'actifs auprès d'établissements financiers sous capitalisés, à concurrence de 750 milliards de dollars – l'Etat étant donc prêt à assumer une perte nette du tiers de cet investissement. «Nous espérons que cela ne sera pas nécessaire», a souligné Peter Orszag, le directeur du budget de la Maison Blanche. Le geste est destiné à rassurer, observaient hier les analystes, mais montre également que l'administration Obama n'est pas certaine que les 700 milliards de dollars du TARP (dont environ 250 milliards restent à dépenser) suffiront à contenir la crise bancaire. Mais le monde de la finance peut également s'attendre à un double tour de vis. Le premier sera réglementaire. Avant même la présentation programmée de nouvelles réglementations, l'annonce est faite d'une augmentation de 13% du budget de la SEC et de 44% de celui de la Commodities & Futures Trading Commission, l'autorité de tutelle des marchés à terme. Le deuxième tour de vis sera fiscal. Le budget prévoit une économie de 24 milliards de dollars en mettant fin au «carried interest» qui permet aux firmes de capital risque d'acquitter une taxe de 15% au lieu des taux beaucoup plus élevés des impôts sur les sociétés ou les revenus. La chasse généralisée à l'évasion fiscale sur les places offshore doit rapporter 210 milliards de dollars.