Difficile retour à la réalité pour Lagardère. Le groupe de communication dirigé par Arnaud Lagardère a fortement déprécié la valeur de deux de ses principaux actifs: ses 20% au capital de Canal+ France, et Unlimited, sa division de droits sportifs. Le montant des dépréciations atteindra 900 millions d'euros, précise la direction, sans en détailler la répartition, ce qui enverra dans le rouge les comptes du groupe. Ils seront publiés le 8 mars.
Selon les analystes, la majorité de la dépréciation revient à la participation dans Canal +. Celle-ci était valorisée 1,5 milliard d'euros dans les comptes de Lagardère, sur la foi du prix payé par Vivendi lors du rachat en 2009 et en 2010 des parts que détenaient TF1 et M6 dans le groupe de télévision payante. Selon Cheuvreux, elle ne vaut plus que 900 millions d'euros, 700 millions pour Natixis.
Pour Unlimited, la dépréciation est tout aussi brutale. Selon UBS, cette division voulue et construite par Arnaud Lagardère ne vaut plus que 100 millions d'euros. Natixis ne la valorise même plus dans son modèle. Pourtant, le groupe a investi 1,1 milliard d'euros dans cette activité. Lagardère envisage un partenariat avec le Qatar. Un de ses représentants devrait entrer au conseil d'administration de Unilimited, alors que l'émirat est devenu fin 2011 le premier actionnaire de Lagardère, avec un peu plus de 10% du capital, devant Arnaud Lagardère.
Ces dépréciations, qui interviennent après les deux avertissements sur résultats émis l'an dernier, ont fait perdre 5,72% au cours de l'action hier, à 21,82 euros. La décote par rapport à l'actif net réévalué atteint plus de 40% selon CM-CIC. D'autant qu'à défaut de bons résultats les investisseurs se raccrochaient depuis des mois à la perspective probable, et évoquée par Arnaud Lagardère, d'une redistribution des produits de cession des 20% dans Canal+ et des 7,5% dans EADS.
Or, ces deux dossiers sont au point mort. L'introduction en Bourse de Canal+ reste la priorité de Lagardère, mais «tant que l'affaire Canal+-TPS ne sera pas réglée auprès de l'Autorité de la concurrence le sujet ne pourra pas être présenté au marché, car trop risqué», indique un bon connaisseur du dossier. Quant à EADS, Arnaud Lagardère s'apprête à en prendre la présidence du conseil en avril 2012. Difficile d'imaginer une cession à court terme. D'autant que cette participation est la seule financièrement satisfaisante actuellement.