La MIF contraint les prestataires à renouveler leurs outils

Les solutions techniques et logicielles existent, à des coûts abordables. Leur sélection dépend du positionnement stratégique souhaité par les acteurs.

Par Jean-Eric Bousser le 15/11/2007 pour L'Agefi Hebdo

 
 
 
 


Avec l’entrée en vigueur de la directive MIF (Marchés d’instruments financiers), les prestataires de services d’investissement (PSI), désormais autorisés en France à internaliser les ordres de leurs clients, explorent avec prudence les nouvelles opportunités qui s’ouvrent à eux. Comme en témoigne la courte liste publiée par le CESR (Comité européen des régulateurs de marché) fin octobre, rares pour l’heure sont les établissements qui ont officiellement adopté, à l’instar de BNP Paribas Arbitrage, le statut d’internalisateur systématique.
L’idée qui sous-tend les premières études et projets autour d’un tel statut peut pourtant paraître simple, expliquent les spécialistes : comment optimiser le flux d’ordres et maximiser le nombre de transactions effectuées hors marché réglementé pour éviter les frais d’exécution. Mais la mise en œuvre soulève rapidement d’épineuses questions. Ainsi, les flux d’ordres retail ont souvent tendance à aller dans le même sens, que ce soit à l’achat ou à la vente. La réglementation interdisant de faire de la rétention d’ordres, la rencontre et l’appariement d’ordres de sens contraire s’avèrent donc plus difficiles que prévu pour les candidats à l’internalisation. Et l’on estime que l’on ne peut, au mieux, internaliser de cette façon que 5 % à 10 % d’un flux d’ordres retail. Un exemple qui illustre bien les difficultés de l’exercice.
Ce ne sont pas les coûts de tels projets qui freinent le mouvement : sur le plan technologique, des moteurs d’appariement sont disponibles à moins de 100.000 euros et le budget total d’un projet d’internalisation systématique dépasse rarement le million d’euros. En réalité, comme l’explique Laetitia Visconti, business analyst chez GL Trade, le spécialiste reconnu des outils d’accès aux marchés et de routage d’ordres, « au fur et à mesure que l’étude d’un tel projet avance, ses promoteurs réalisent que le seul moyen de développer une véritable activité d’internalisation systématique est de se positionner comme étant son propre market-maker. Particulièrement pour ceux des acteurs qui traitent des flux retail ».
Se couvrir contre les risques
Le PSI est alors amené à se porter contrepartie sur compte propre. Dans le cadre de tels projets de market-making, les solutions doivent alors non seulement intégrer un moteur d’appariement mais aussi générer des prix. Pour le teneur de marché, se porter contrepartie face aux ordres des clients impose de se couvrir contre les risques qu’il prend, par le biais de dérivés par exemple. Ce qui conduit à la mise en place de solutions complexes. Dans ce genre de projet, le moteur d’appariement ne représente plus naturellement qu’une faible part des coûts. Et c’est l’intégration des différents outils, de tenue de position, de calcul de couverture… qui constitue le gros des investissements.
Dans les grandes banques, les moteurs d’internalisation sont le plus souvent développés en interne compte tenu du fait que ces établissements disposent déjà d’une plate-forme compte propre. Les fournisseurs externes se contentent alors de procurer des outils pour « populer » (disséminer) les prix dans les systèmes d’exécution de façon à les rendre disponibles pour les solutions de trading algorithmique. Eventuellement, ils fournissent des composants de transparence post-trade.
On estime que dans un projet complet compte propre, les seuls budgets moteurs et logiciels avoisinent les 500.000 euros. Toutefois, le budget total peut atteindre 2 millions d’euros une fois inclus les coûts des services, la composante intégration étant très importante. Mais les spécialistes insistent sur le fait que de tels chiffres ne peuvent être que « très indicatifs ». Tout dépend en effet de la nature des projets et de la façon dont sont organisés les systèmes d’information dans les établissements. « On travaille sur des process qui doivent dialoguer entre eux et qui interréagissent. Plus l’établissement est important, plus la tâche sera complexe compte tenu de l’hétérogénéité des systèmes et de la dissémination géographique des tables de trading », explique Laetitia Visconti. Dans ces conditions, à l’heure actuelle, nombre de PSI en France n’ont pas encore une vision claire de ce qu’ils vont faire. Mais « le sujet de l’internalisation devrait prendre de l’importance dans le courant de l’année 2008 ».
Phase d’observation
Comme on le sait, l’internalisateur systématique reste soumis, comme tous les autres prestataires de services d’investissement, aux obligations de meilleure exécution. Autrement dit, il ne pourra à terme, et tout particulièrement si la liquidité se fractionne en Europe, se contenter d’énumérer de façon très limitative, dans la politique d’exécution qu’il soumet à ses clients, les différentes « venues de marché » qu’il leur propose. Durant les premiers mois d’application de la directive MIF, les autorités réglementaires se contenteront d’observer l’évolution de cette liquidité. Le CESR devrait d’ailleurs réaliser dans les mois qui viennent une étude sur ce sujet, dont les conclusions ne seront pas rendues publiques pour ne pas influencer le marché. Si l’émergence de plates-formes alternatives, comme Chi-X, Equiduct ou Turquoise, montrait que la liquidité se fragmente davantage entre MTF et Bourses traditionnelles, il n’est pas exclu que les autorités estiment alors indispensables que les choix de canaux d’exécution proposés aux clients par les politiques d’exécution s’élargissent à toute place qui, pour un titre donné, draine une part de la liquidité significative, de l’ordre de 10 % à 20 % par exemple.
Compétitivité accrue
Dans ces conditions, on conçoit que tout projet de traitement des ordres passe donc aussi et de plus en plus par le choix d’outils de gestion et de routage intelligent d’ordres, devenus indispensables au sein de la chaîne de traitement. Ce qui, naturellement, renchérit le coût des projets mais renforce aussi la compétitivité des acteurs qui s’équipent de tels outils. On évalue, pour un courtier de taille moyenne, à quelque 300.000 à 400.000 euros le budget nécessaire pour s’équiper de systèmes de gestion et d’exécution (OMS et EMS).
Mais les fonctionnalités disponibles sur ces outils peuvent largement différer selon les fournisseurs. Et le choix peut donc s’avérer délicat pour le client entre les grands spécialistes que sont GL Trade, Ullink ou encore Fidessa, pour ne citer qu’eux. Autrement dit, qu’il choisisse de devenir ou pas internalisateur systématique, le PSI va devoir suivre avec une attention toute particulière les évolutions du fonctionnement et des pratiques des marchés dans les mois qui viennent s’il entend « rester dans la course ».


 
 
Imprimer cet article
Rétrécir le texte
Agrandir le texte

Illustrations

 
 
 
 
 
 

Réagir à cet article

 
Merci de vous identifier ou de vous inscrire pour réagir à cet article.

0 réaction(s)
 
 

Inscrivez-vous

Pour découvrir gratuitement L'AGEFI Quotidien, WikiFinance, les panels interactifs et notre espace communautaire sur www.agefi.fr

Déja inscrit(e) ou abonné(e) ? Identifiez-vous

 

S’abonner gratuitement aux newsletters

 
 
 
 
Partenaires
 
Nomination précédente
Sébastien Van Dyk Directeur général stratégies et opérations ressources humaines - ManpowerGroup Solutions
ManpowerGroup en France
Sébastien Van Dyk
Directeur général stratégies et opérations ressources humaines - ManpowerGroup Solutions
Cyril Chapelle Directeur général
ACG Management
Cyril Chapelle
Directeur général
Samuel Henry-Diesbach Directeur de la communication financière
Gecina
Samuel Henry-Diesbach
Directeur de la communication financière
Nomination suivante
 
 
 
 

L'Edition digitale du 16/10/2014

Lire

Découvrez l'édition digitale conçue et optimisée pour une lecture sur tablette et ordinateur.
 
 
 
 

Communautés

Derniers membres enregistrés