L'annonce, lundi en fin de journée, des mesures fiscales de la Grèce, n'a guère convaincu les investisseurs. La prime de risque offerte par les obligations souveraines grecques à dix ans par rapport au Bund a bondi de 26 points de base (pb) hier à 255 points de base (pb). Le coût de la protection contre le risque de défaut de la Grèce a également augmenté de 26 pb à 247 pb d'après CMA Datavision.
De fait, les opérateurs n'ont pas été convaincus par le discours du Premier ministre grec Georges Papandréou. «Un rebond durable des obligations souveraines grecques réclamera de véritables décisions (plutôt que de simples propos) et elles ne devront pas s'accompagner de manifestations violentes de la population», analyse Ciaran O'Hagan, stratégiste taux de Société Générale. Les opérateurs devraient y voir plus clair dans quelques semaines, lorsqu'Athènes devra présenter à l'Union européenne son plan détaillé pour redresser ses finances. Le délai a été fixé au 15 janvier 2010.
Les craintes sur la dette grecque et sur le système bancaire du pays se sont propagées hier au marché européen qui s'inquiète également de l'état des banques autrichiennes. Les commentaires du président de l'institut allemand IFO n'ont rien fait pour inverser la tendance. «La Grèce ne provoquera pas l'éclatement de la zone euro, a estimé Hans-Werner Sinn, (...) mais elle pourrait être le prochain Lehman Brothers». L'euro est dans ce contexte tombé à 1,45 dollar, son plus bas niveau depuis début octobre.
Plus fondamentalement, la réaction provoquée par les difficultés de la Grèce témoigne de l'inquiétude du marché quant à l'évolution des dettes et des déficits publics dans la zone euro. «La Grèce représente la partie visible de l'iceberg en matière de tendance fiscale, avancent les économistes de marché de BNP Paribas. Comme la liquidité sera retirée du système en 2010, l'attention croissance accordée aux données fondamentales rendra les marchés plus sélectifs, ce qui favorisera un nouvel écartement généralisé des spreads intrazones.» Si cette tendance s'accompagne d'une remontée de l'aversion pour le risque au deuxième trimestre, les titres grecs, irlandais, portugais et espagnols pourraient afficher des performances inférieures aux obligations d'Etat italiennes, prédit BNP Paribas.