L'état des finances publiques grecques n'explique pas à lui seul la forte volatilité sur la dette hellénique ces dernières semaines. Des éléments techniques ont aussi provoqué les fortes variations quotidiennes qui ont souvent dépassé 15 points de base (pb) depuis début décembre. Hier, le rendement de la dette à dix ans a encore bondi de 39 pb pour franchir le seuil de 7,1%.
Le manque de liquidité sur le marché contribue largement à ces vifs décalages. Les vendeurs se font rares car ils ne sont pas prêts à supporter les moins-values qu'une cession de titres entraînerait. Dans ce contexte, il est difficile de trouver des titres à acheter, même pour des montants modestes, indique Ciaran O'Hagan, stratégiste taux chez Société Générale. «Le prix des obligations grecques ont certes fortement chuté ces dernières semaines, mais pas dans des volumes importants», ajoute-t-il.
Cette absence de marché a largement contribué à la forte demande observée lors de la syndication de dette à 5 ans de lundi dernier. Le prix très attractif a aussi attiré les investisseurs. Le succès de cette émission de 8 milliards d'euros à 5 ans ne va pas forcément relancer les transactions sur la dette grecque. D'après les stratégistes de Calyon, «la décote importante pourrait bien entraîner une concentration de la demande des investisseurs sur les enchères.» La probable ruée des investisseurs sur la prochaine syndication à 10 ans qui aura lieu d'ici un mois pourrait avoir pour conséquence une disparition de la concession accordée par l'émetteur aux investisseurs. Du coup, la pentification de la courbe des taux des Etats périphériques pourrait être plus tardive qu'attendu, avance Calyon.
Contrairement au marché cash, celui des contrats de protection contre le risque de défaut (CDS) sur la Grèce ne souffre pas du manque de liquidité. D'après le fournisseur d'informations CMA Datavision, la liquidité progresse depuis le début de l'année. 4.600 cotations ont été réalisées sur la Grèce sur la deuxième semaine de janvier et 6.000 la semaine dernière. Sur ce marché, les opérateurs sont apparemment nombreux à parier sur une aggravation de la situation grecque. Depuis le début décembre, les CDS sur la Grèce à cinq ans se sont écartés de 200 pb. Hier ils ont atteint un record à 416 pb.