Plus de cinq ans après leur adoption en Europe, les normes comptables IFRS sont loin de faire l'unanimité. Et la crise les rend encore plus polémiques, comme en ont témoigné normalisateurs et patrons, lors d'un débat organisé sur ce sujet par le Medef hier.
Pour Hans Hoogervorst, le président de l'IASB, l'Institut international des normes comptables, les IFRS et la juste valeur ne sont en rien responsables de la crise. «La volatilité n'a rien à voir avec la normalisation comptable», a-t-il martelé. Cependant, «si les marchés sont volatils nous n'avons d'autre choix que de le montrer».
Mais sur cette question, même les normalisateurs sont divisés. Pour l'IASB, plutôt que de valoriser la dette grecque de leur portefeuille au coût amorti et la déprécier de 21% après le sommet européen de juillet, les banques françaises auraient dû utiliser la juste valeur. Pour le président de l'Autorité des Normes Comptables (ANC) française, Jérôme Haas, les banques hexagonales ont agi correctement et appliqué les IFRS à la lettre.
Le PDG de la Société Générale, Frédéric Oudéa, a quant à lui déploré la trop grande importance accordée à la juste valeur, que ce soit pour comptabiliser la dette souveraine ou les prêts. Plus généralement, il s'est inquiété de la trop grande complexité des IFRS, voire même de l'utilité de certaines, comme pour les «goodwills».
Comme les autres intervenants, le banquier ne rejette pas les IFRS en bloc car elles permettent de comparer les entreprises à l'international. Encore faudrait-il que les Etats-Unis se décident enfin à les adopter. S'ils le refusent à la fin de l'année, pas question pour l'ANC et la Commission européenne, qu'ils pèsent autant que les autres pays dans les décisions de l'IASB.
Pour le PDG d'Air Liquide, Benoît Potier, l'IASB devrait aussi être plus attentif aux remarques des groupes industriels. A ses yeux, les normes sont trop nombreuses et souvent trop financières. Elles sont aussi parfois inutilement précises au lieu d'être basées sur des principes, ce qui les rend inadaptées aux spécificités locales. Le constat a été encore noirci par Pascal Imbert, président de Middlenext, pour qui les IFRS sont inadaptées aux PME. Le président de l'IASB lui a donné lieu d'espérer en reconnaissant que des progrès devaient être faits pour simplifier les normes et rendre les rapports annuels moins volumineux.