L'Agefi: L'opération de financement à trois ans de la BCE (LTRO) a-t-elle produit les effets désirés ?
Thomas Prince: Absolument, et de manière directe comme indirecte. En direct, les liquidités injectées ont réglé le problème du financement des banques pour le passage de fin d'année. En indirect, l'effet est triple, une psychologie de marché plus sereine, des banques plus à l'aise pour détenir des dettes d'Etat, et un refinancement à venir beaucoup moins problématique quel que soit l'émetteur concerné. Les effets sur le marché ont été très rapides: la baisse des spreads des dettes souveraines italiennes et espagnoles est spectaculaire sur les maturités courtes. Le marché primaire s'est rouvert dès le début de janvier et les spreads bancaires ont amorcé leur décrue. La BCE s'est donc assurée que la crise de liquidité n'empêche pas les banques de jouer leur rôle dans le financement de l'économie réelle et dans l'animation des marchés.
A part la baisse des taux que vous anticipez, quelle(s) mesure(s) pourrait prendre prochainement la BCE pour calmer la crise ?
Il lui reste déjà à mettre en oeuvre des mesures non conventionnelles décidées en décembre. Le 18 janvier, le niveau des réserves obligatoires a baissé mais surtout la LTRO de février et les nouveaux actifs éligibles devraient aider à stabiliser les marchés. S'il reste peu de marge pour une baisse de taux, depuis deux ans, la BCE nous a montré sa capacité à innover dans le non-conventionnel. Elle pourrait donc encore nous surprendre, avec par exemple une accélération du programme d'achat de dettes souveraines (SMP) conditionnée à de réelles avancées sur la résolution politique de la crise.