L'avenir de Gan Eurocourtage au sein de Groupama est loin d'être assuré

Cette filiale, renflouée à hauteur de 300 millions d’euros par la Caisse des dépôts, pâtit fortement de l’abaissement de la note de sa maison mère.

Par Thomas Carlat le 12/01/2012 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Groupama a bouclé l'année 2011 avec soulagement. Le 30 décembre, son conseil d'administration a entériné le double accord avec la Caisse des dépôts et consignations (CDC) portant d'une part sur la fusion de leurs foncières, Silic et Icade, et d'autre part sur la recapitalisation de Gan Eurocourtage. Selon une source syndicale, cette manoeuvre permettra au groupe de dégager plusieurs centaines de millions d'euros de plus-values et d'améliorer sa solvabilité d'environ 20 points de marge. Un sauvetage rendu possible en grande partie grâce à l'implication de Gan Eurocourtage. Cette filiale à 100 % dédiée au courtage va en effet bénéficier d'un investissement sous forme d'actions de préférence de 300 millions d'euros en provenance de la CDC et, ainsi, disposer « d'une solvabilité réglementaire pro forma supérieure à 350 % », souligne le groupe.
Une rentabilité récurrente
Gan Eurocourtage n'avait pas nécessairement besoin d'être sauvée. A fin 2010, « le minimum de marge de solvabilité de 126 millions d'euros est satisfait 2,6 fois », indiquait déjà la compagnie dans son rapport annuel. « C'est la pépite du groupe, affichant une rentabilité récurrente et régulière », note un observateur du secteur. Tombée dans le giron de Groupama lors du rachat du Gan en 1998, Gan Eurocourtage est aujourd'hui numéro trois français du courtage, derrière Axa et Allianz. Une place de choix obtenue grâce à l'acquisition en 2002 de la filiale dédiée du groupe CGNU devenu Aviva France.
Forte d'un réseau de 2.000 courtiers et de 765 collaborateurs, l'entité est spécialisée dans l'assurance-dommages pour les entreprises, les professionnels et les particuliers : « Elle a développé son savoir-faire sur les risques techniques en entreprises, en assurance-voyages ainsi que sur les risques industriels », souligne notre observateur. Sur ce périmètre, son résultat net 2010 s'élève à 77 millions d'euros pour 819 millions de chiffre d'affaires. En incluant la distribution d'assurances collectives pour le compte de Groupama Gan Vie, ce dernier monte à 1,58 milliard d'euros. Le 1er janvier, Gan Eurocourtage a pris une nouvelle dimension en fusionnant avec Groupama Transport (marine, aviation), portant ainsi ses revenus à près de 2 milliards. « Gan Eurocourtage a une vraie capacité à générer du résultat et constitue un des principaux contributeurs au résultat consolidé du groupe », précise, Martial Le Pennec, délégué syndical central CFDT.
La situation est pourtant loin d'être au beau fixe. L'abaissement de la note de Groupama de « BBB » à « BBB- » par Standard & Poor's (S&P) fragilise son activité. « En dessous d'un certain niveau de notation, des clauses de résiliations automatiques sont déclenchées pour certains contrats, explique le délégué syndical. En outre, certains grands courtiers et leurs grandes entreprises clientes ont exclu Gan Eurocourtage de certains appels d'offres. Nous avons notamment expérimenté ces phénomènes fin septembre quand Fitch et S&P ont abaissé la note de Groupama à ‘BBB', et c'est encore plus vrai pour Groupama Transport. » Même s'il est difficile d'évaluer les pertes ou le manque à gagner, la direction générale de Groupama est à la manoeuvre pour désensibiliser Gan Eurocourtage à la notation de sa maison mère. « La direction étudie la possibilité d'obtenir une notation séparée par Gan Eurocourtage, révèle le syndicaliste. Des discussions très sérieuses existent avec S&P. »
Dans l'attente, l'hypothèse d'une cession de Gan Eurocourtage demeure d'actualité. Lors du dernier comité central d'entreprise du 20 décembre, « la direction générale a indiqué que toutes les pistes sont explorées en termes d'arbitrages sur les actifs industriels », rapporte le délégué syndical. Une piste d'autant plus sérieuse que, selon notre observateur du secteur, « l'investissement de la CDC est une solution de portage temporaire et Groupama a toute l'année pour trouver un repreneur ».

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