Malgré des résultats trimestriels exceptionnels, le ton n'était pas à l'euphorie pour Goldman Sachs hier. Et ce n'est pas Lloyd Blankfein,directeur général de la banque, qui s'est chargé d'annoncer un bénéfice net en hausse de plus de 100% à 3,3 milliards de dollars et un produit net bancaire en croissance de 35% à 12,8 milliards, mais plus discrètement les directeurs financier et juridique.
Ces résultats bien au dessus des attentes tombent mal pour une banque essayant de fuir la lumière des projecteurs dans la tourmente de l'accusation de fraude lancée vendredi par la SEC. «Je vous demande de rester concentré sur nos clients» a demandé Lloyd Blankfein à ses salariés par l'intermédiaire d'un message téléphonique dans lequel il précisait aussi avoir pris «toutes les mesures appropriées pour défendre la firme et sa réputation».
Goldman Sachs dispose de plusieurs arguments de défense. Tout d'abord, la banque affirme qu'il était habituel sur le marché à l'époque ne pas divulguer le nom des investisseurs prenantdes positions opposées sur le risque de CDO. Par ailleurs, signalent les porte-paroles de la banque, Paulson & Co était avant l'effondrement des subprimes un modeste hedge fund, et cette information n'aurait donc rien suscité chez les acheteurs. Autre point : le portefeuille de produits sélectionnés dans ce CDO présente les mêmes caractéristiques, et après coup, les mêmes mauvaises performances, que d'autres CDO similaires disponibles à l'époque. Enfin, pour preuve de sa bonne foi, Goldman Sachs précise avoir perdu 90 millions de dollars sur ce produit.
Mais la principale ligne de défense de Goldman Sachs reste la manipulation politique dans laquelle elle serait utilisée comme bouc-émissaire.Contrairement à ses habitudes, la SEC aurait en effet déclenché la procédure sans avoir obtenu un vote unanime des cinq membres de sa commission. Les trois démocrates ont voté pour, les deux républicains ont voté contre.
Alors que l'affaire prend une dimension politique de plus en plus forte, Goldman Sachs a créé la surprise hier en choisissant comme avocat Greg Craig, un démocrate qui était encore il y a quatre mois le conseiller aux affaires juridiques de Barack Obama. Un choix probablement destiné à éviter justement d'être trop associé à un parti républicain furieux de voir cette affaire sortir juste avant le débat au Sénat sur la régulation financière.