Vous recevez aujourd'hui Monsieur Pierre André qui vous a été chaudement recommandé par son beau-frère, Jacques Bernard, que vous conseillez depuis longtemps.
La première requête de Pierre André, lorsqu'il vous rencontre, est relative à l'éthique: il a entendu dire par son entourage que vous vous référiez souvent à des principes de déontologie. Il trouve cela rassurant mais voudrait « en savoir plus » (cf. infra).
L'objet essentiel de ses interrogations porte sur l'utilisation des fonds qu'il va recevoir dans quelques jours lorsqu'il cédera la ligne d'actions gratuites qui lui avaient été attribuées il y a quatre ans et qui viennent de doubler de valeur à la suite d'une tentative d'OPA (cf. infra).
PRÉSENTATION DU CLIENT ET DE SON ENVIRONNEMENT FAMILIAL
Monsieur Pierre André (56 ans) vit maritalement avec Madame Sophie Charles (40 ans). Il a, d'un mariage soldé par un divorce, deux enfants de 26 et 24 ans qui sont maintenant totalement indépendants financièrement. Son ex-épouse est remariée et il n'entretient plus aucune relation ni avec elle ni avec leurs deux enfants.
Pierre André et Sophie Charles ont un enfant de 8 ans.
ÉLÉMENTS PROFESSIONNELS
Pierre André est responsable informatique d'une société importante dans le secteur du meuble. Il dirige un projet qui lui garantit trois ans d'activité. Après, l'avenir est beaucoup moins clair : la société qui l'emploie devra se rapprocher d'un confrère pour atteindre une masse critique essentielle pour faire face aux développements dans les pays émergents. Néanmoins, des plans de sauvegarde de l'emploi se profilent à l'horizon.
Son salaire annuel brut est de 200.000 euros (160.000 euros nets). Il reçoit en outre un intéressement qui se situe habituellement aux alentours de 10.000 euros qu'il place soit en Sicav monétaires, soit en compte courant rémunéré.
Un organisme spécialisé a effectué récemment une simulation des futures pensions de retraite des cadres de l'entreprise. Pierre André atteindra son « taux plein » à 62 ans et il souhaite partir dès que possible (s'il n'est pas licencié avant) (cf. simulations de retraite en annexe).
Sophie Charles n'a pas de ressources régulières : elle est intermittente du spectacle. Son activité lui rapporte bon an mal an 20.000 euros nets de charges. Elle ne compte sur aucune retraite future et a décidé d'arrêter aux environs de 45 ans.
PROFIL D'INVESTISSEUR
Pierre André est avant tout un homme « débordé » par ses activités professionnelles. Il ne craint pas le risque mais considère que la gestion d'actifs est une affaire trop sérieuse pour être conduite par un amateur. Il ne se risque donc pas à la Bourse et investit toutes ses économies sur des supports sécuritaires. Il est fier d'avoir traversé, de ce fait, les récentes crises financières « sereinement ».
Pour la première fois de sa vie, il va réaliser une forte plus-value boursière sur des actions gratuites qui lui ont été attribuées il y a quatre ans. Son gain avant impôt sera de 500.000 euros qui, après fiscalité de 200.000 euros, ressortira à 300.000 euros. Voilà ce qui l'a motivé à vous rencontrer, il n'a jamais disposé d'un tel capital en une seule fois.
SITUATION PATRIMONIALE
Pierre André a beaucoup voyagé dans sa vie et n'a jamais voulu acheter de résidence principale. Il habite en banlieue parisienne et paie aujourd'hui un loyer de 3.000 euros par mois (+ charges 300 euros). Il songe à s'installer à Lyon pour sa retraite.
Il a acheté une maison de campagne (résidence secondaire réservée à l'usage familial) qu'il estime à 400.000 euros, prix qu'il avait payé il y a cinq ans. Cette maison a été financée par un crédit remboursablein finede 300.000 euros, dont 15 ans restent à courir. Le taux du crédit (assurance incluse) est de 5 %.
Ses actions gratuites constituent un actif de 500.000 euros avant impôt et de 300.000 euros après fiscalité.
Pierre André a souscrit un contrat d'assurance vie multisupport (30 % fonds euros ; 70 % actions internationales) qui est nanti au profit de la banque qui a mis en place le crédit remboursable in fine. Ce contrat a une valeur de rachat de 120.000 euros.
Dans un souci de prudence et faute de temps pour s'en occuper, Pierre André a placé sa capacité d'épargne des dernières années sur des Sicav monétaires (300.000 euros) et des comptes rémunérés (200.000 euros).
Sophie Charles ne détient aucun patrimoine personnel.
Aucun héritage ne viendra modifier les données indiquées précédemment.
BUDGET FAMILIAL
Outre les postes de budget déjà évoqués, Pierre André vous indique que son impôt sur le revenu s'élève à 45.000 euros par an. Les autres impôts du ménage représentent globalement une dépense annuelle de 5.000 euros.
Les dépenses « courantes » peuvent être évaluées à 40.000 euros par an sans compter les loisirs dont le budget annuel représente environ 10.000 euros par an.
PRINCIPAUX SUJETS ÉVOQUÉS LORS DE L'ENTRETIEN
Déontologie.
Votre interlocuteur n'a guère confiance dans les intermédiaires financiers, quel que soit leur secteur d'appartenance. Il a lu des grandes déclarations de principes sur la conduite que devait avoir un conseil en gestion
de patrimoine par rapport à son client mais il s'interroge sur ce qu'est votre engagement personnel.
Pourquoi vous ferait-il confiance (même si les a priori sont favorables) et quelles seront ses voies de recours en cas de différend ?
Placement du produit de la cession des actions gratuites.
M Pierre André va recevoir dans quelques jours une somme de 300.000 euros (après provision de l'impôt). Il n'a jamais eu devant lui une telle rentrée et s'interroge sur l'utilisation qu'il pourra en faire.
Il ressort de votre discussion que des considérations qu'il n'avait pas imaginées en venant vous rencontrer (perspectives retraite, protection de la famille...) pourraient être prises en compte dans le choix d'une stratégie financière. Vous tombez d'accord sur le fait que votre rapport devra être une conclusion de votre mission de conseil et que les points « périphériques » auront dû être traités préalablement.
En tout état de cause, le projet s'inscrit dans une vision à long terme. A noter que Pierre André est inquiet surles perspectives économiques du monde occidental et qu'il redoute, en particulier, une forte reprise de l'inflation.
Préparation de la retraite.
Pierre André ne s'était jamais intéressé à la question jusqu'à ce que vous abordiez le sujet. Il mesure maintenant la perte de rémunération que créera ce changement de statut. Que faire ?
De la discussion, il ressort que le ménage aimerait quitter alors la région parisienne pour s'installer à Lyon où ils ont l'un et l'autre de nombreuses attaches. Ne serait-il pas préférable d'acheter un appartement plutôt que de louer ? Des amis leur disent que l'on peut trouver à Lyon un 100 m2 pour moins de 500.000 euros. S'il le fallait, Pierre André pourrait vendre sa résidence secondaire pour laquelle il n'a plus aucun attachement.
En supposant que la question du logement soit réglée, comment trouver des ressources supplémentaires, sachant que l'idée d'une poursuite d'activité dans l'entreprise actuelle au-delà de 60 ans paraît assez irréaliste ?
Racheter des trimestres, souscrire un PEL, monter une société de conseil..., tout est possible à condition que vous argumentiez vos propositions. Que se passerait-il s'il faisait l'objet d'un licenciement à 60 ans ?
Pierre André insiste sur le fait que son budget de dépenses courantes (et de loisirs) lui paraît à peu près incompressible. Il va même jusqu'à imaginer que certaines dépenses exceptionnelles pourraient se produire (voyage, mariage du fils, accident de santé...) et il souhaiterait pouvoir disposer d'une « réserve de sécurité », à toutes fins utiles.
Protection de la famille.
Quelle serait la situation de Sophie en cas de décès de Pierre ? Il n'y a jamais réfléchi.
Une chose est sûre à ses yeux : il n'a plus aucun lien avec son ex-épouse et les enfants de son premier lit ; il aime sa compagne et son dernier fils et souhaite que tout son patrimoine leur revienne à terme. Quant aux moyens à mettre en oeuvre il ne demande qu'à vous entendre.
Lors de l'entretien, vous avez appris que Pierre André bénéficiait d'un contrat de prévoyance collectif qui comporte deux choix possibles : un capital décès pour la veuve ou la compagne, correspondant à trois ans de salaire, ou un capital minoré (deux ans de salaire) et une rente éducation (15 % du salaire annuel) pour l'enfant. Il ne se souvient pas du choix qu'il a fait et vous demande ce qu'il est préférable de demander.