Etudiants, gagnez la mise aux jeux !

Nombreuses et diverses, les compétitions destinées aux jeunes diplômés leur permettent de se former et d’être repérés par des recruteurs.

Par Soraya Haquani le 12/04/2012 pour L'AGEFI Hebdo

 
 
 
 
Illustration: Cire

Illustration: Cire

A Ouagadougou au Burkina Faso où il étudie à l'Institut international d'ingénierie de l'eau et de l'environnement, Wendgouda Kabré attend la fin du mois avec impatience : « Lorsque mes deux camarades et moi avons appris que notre équipe ‘Act smartly !' avait été retenue parmi les dix équipes qui iront à la finale le 27 avril prochain à La Défense, nous étions très heureux ! Nous avons durement travaillé pour être finalistes. » Il ne s'agit pas d'une compétition sportive à laquelle participe cet étudiant de 23 ans mais du serious game (« jeux sérieux ») de Société Générale, « Citizen Act », dont la sixième édition a attiré 600 équipes (environ 1.800 étudiants) de 21 pays. « Après une première sélection via un site web dédié, 45 équipes - dont la nôtre donc - sont venues à Paris en février pour découvrir le cas pratique que nous allions devoir résoudre dans un délai de quatre semaines, raconte Wendgouda Kabré. Il portait sur ‘la ville durable'. Puis nous sommes retournés au Burkina Faso pour rédiger un rapport de vingt pages. Chaque soir, nous nous retrouvions pour trois heures de travail environ car pendant la journée, nous étions en stage. Grâce à cet investissement, nous sommes en finale. Lors de cette dernière épreuve, nous devrons présenter notre rapport devant un jury. Il faudra convaincre ! »

Apprentissage
Ce ne sont pas tant les prix à gagner (d'un montant de 3.000 à 7.000 euros et la possibilité d'un stage) que le thème de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) qui l'a incité à s'inscrire à ce jeu : « La RSE est un sujet qui me tient à coeur parce qu'il est abordé dans le master en hydrogéologie que je suis au Burkina Faso. Lors de ma venue à Paris, la banque a proposé une conférence sur ce thème et j'ai échangé avec des collaborateurs qui sont des experts. J'ai ainsi pu élargir mes connaissances. » Si les étudiants apprécient ces compétitions (plus de 14.000 inscrits de 145 pays pour Ace Manager, le serious game de BNP Paribas - lire le témoignage d'Yves Martin-Mériadec page 50), c'est parce qu'elles représentent pour eux une autre forme d'apprentissage. « J'ai mentionné dans la partie ‘formation' de mon CV ma participation à Citizen Act en donnant quelques détails sur le jeu, indique d'ailleurs Janiss Monteiro, étudiante en alternance du master 2 contrôle de gestion de l'université de Cergy-Pontoise, dont l'équipe a figuré parmi les 45 retenues. Ce que j'ai appris sur la RSE me sera utile car toutes les entreprises sont concernées. En outre, il y a une matière sur ce sujet dans mon master. »
Les écoles aussi
Les jeux en ligne ne sont pas les seuls à capter l'attention des futurs diplômés. Les écoles de management et les établissements de formation organisent eux aussi de grands concours qui rassemblent en « réel » des centaines d'étudiants et des entreprises partenaires. D'octobre 2011 à janvier dernier s'est tenu le CFA Institute Research Challenge auquel ont participé onze écoles de commerce et universités françaises. Organisé par le CFA qui délivre la fameuse certification d'analyse financière chartered financial analyst, le défi visait à réaliser une analyse de l'entreprise Seb, jugée ensuite par des professionnels de la finance lors de deux sessions (écrite et orale). L'épreuve finale consistait à présenter, en dix minutes, le rapport d'analyse devant un jury de financiers, dans les bureaux d'Oddo Securities. Nicolas Maret, 23 ans, étudiant du mastère spécialisé strategy and management of international business de l'Essec, a pris part au concours avec trois camarades d'autres programmes. « J'étais intéressé par l'analyse financière, je voulais avoir une expérience dans ce domaine, explique-t-il. Nous nous sommes beaucoup impliqués en travaillant la semaine et les week-ends. L'équipe Essec est arrivée à la deuxième place, à seulement 2 points du vainqueur. J'étais un peu triste que cela se termine, ce jeu m'a permis de sortir de l'école, de rencontrer des professionnels comme notre mentor qui était un gérant, d'approfondir mes connaissances. Il n'y avait pas de prix à gagner mais je n'y ai même pas pensé ! » « C'était un exercice à la fois très concret et très exigeant, ajoute son co-équipier dans la compétition, Joachim Hermann, qui passera en juin prochain l'examen du premier niveau du CFA. En outre, nous avons été bien encadrés. Il y avait une personne de la communication financière de Seb, un coach du CFA, nous avons été formés aux outils Bloomberg... » « Notre toute première motivation était d'apprendre, précise aussi Antoine Cossart, étudiant franco-américain du MBA de HEC, école qui a remporté le jeu. Aux Etats-Unis où j'ai étudié, je n'ai pas suivi de formation en finance, je voulais comprendre les techniques de l'analyse financière. »
Se faire remarquer
Sponsorisés par des grandes entreprises, notamment du secteur financier, dont des collaborateurs assistent aux épreuves et évaluent les performances des étudiants, ces événements permettent aussi de se faire remarquer par ces recruteurs potentiels. « Il s'agit pour ces jeunes de créer du lien avec l'entreprise d'une façon originale et pertinente, observe Adrien Bouvier, cofondateur du site WallFinance, spécialisé dans les métiers de la finance, partenaire de La Croisée des Talents et d'une dizaine de compétitions financières. Les participants sont un véritable vivier de futurs stagiaires. » « Ce n'est pas parce qu'un étudiant est finaliste ou remporte une épreuve qu'il va obtenir automatiquement un stage chez Mazars (sponsor de La Croisée des Talents, NDLR), affirme Caroline Haquet, directrice du recrutement de Mazars. Mais cette visibilité facilite, sans nul doute, l'accès aux entretiens de recrutement. » Olivia Bou Antoun, étudiante de master en stratégie commerciale et politique de négociation à la Sorbonne, est une « serial joueuse ». En mars dernier, elle a participé à Deauville au jeu La Croisée des Talents qu'elle a remporté, puis à deux jeux de négociation commerciale, « Les Négociales » et le concours de l'EM Normandie. « C'est un moyen d'être plus visible et une occasion de montrer ce que l'on sait faire », estime la jeune femme de 23 ans qui sera diplômée en mai prochain.
Réseaux sociaux
Mises en situation, jeux de rôle et conduites de projets en équipe, des séries de tests visent à mesurer les aptitudes des candidats en termes de répartie, de sens relationnel et d'esprit d'initiative. « La Croisée des Talents réunissait des personnes de formations très diverses, issues d'écoles d'ingénieurs, de commerce et d'universités, raconte Olivia Bou Antoun. Devant 400 personnes, à la finale, j'ai dû incarner une vendeuse d'art new-yorkaise très spéculatrice. J'ai joué ce personnage sur le registre de l'humour et j'ai gagné ! Ce sont de bonnes cartes de visite pour les recruteurs. Je suis convaincue qu'à leurs yeux, cela peut faire la différence. »
Et elle n'est pas la seule à avoir cette certitude. « Je suis récemment allé à Londres pour passer des entretiens dans le secteur de la finance et on m'a posé de nombreuses questions sur le défi du CFA. Il a suscité la curiosité, remarque ainsi Joachim Hermann de l'Essec. J'ai été pris en stage dans un établissement américain, je pense que cela a été un élément déterminant. » « C'est grâce à ce jeu que j'ai décroché mon stage, témoigne son camarade Nicolas Maret. J'avais contacté l'entreprise qui l'a sponsorisé et cela m'a aidé. Il ne faut pas hésiter à valoriser ces expériences car elles montrent une forte capacité de motivation. Et les entreprises cherchent aussi des jeunes qui ont un vécu un peu original et différent de ce qu'elles voient d'habitude. » D'ailleurs, la plupart de ces futurs diplômés n'attendent pas de se trouver face à un responsable RH pour mettre en valeur leur participation. En effet, conscients que les chargés de recrutement sont de plus en plus présents sur les réseaux sociaux afin de cerner leurs futurs recrues, ils sont nombreux à l'afficher sur leurs profils Linkedin, Viadeo ou encore Facebook. « J'envisage de mettre une indication sur ma page Linkedin, déclare Joachim Hermann. En tout cas, dès le lendemain de la finale, j'ai actualisé mon CV pour y indiquer que j'étais finaliste. » Un réflexe commun à beaucoup de ces jeunes compétiteurs.

 
 
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