Les avertissements sur résultats récents de quelques équipementiers en télécoms, comme l'américain Juniper, n'étaient pas une fausse alerte. Ericsson, le premier fabricant mondial de matériel pour les opérateurs de télécoms, a confirmé le coup de frein du secteur. Au quatrième trimestre 2011, le chiffre d'affaires du groupe suédois a stagné, alors qu'il progressait depuis le début de l'exercice à un rythme supérieur à 10%. Sa profitabilité s'est fortement dégradée avec une marge d'exploitation divisée par deux à 6,4%, sans tenir compte des pertes de ses filiales ST-Ericsson et Sony Ericsson.
Peu habitué à ce type de performance, Ericsson se serait passé d'un si mauvais trimestre. Sa capitalisation a fondu de plus de 3 milliards d'euros hier. Pour autant, avec 9 milliards d'euros de disponibilités, l'équipementier a les moyens de traverser ces turbulences voire d'en profiter pour prendre des parts de marché à ses principaux concurrents européens, Nokia Siemens Networks et Alcatel-Lucent, dont les bilans n'offrent pas le même confort. Le CDS d'Ericsson se traite aux environs des 120 points de base quand celui d'Alcatel-Lucent flirte avec les 1.500 pb.
Les analystes ont déjà commencé à revoir leurs prévisions pour Alcatel-Lucent. «Nous pensons que le groupe a été pénalisé au quatrième trimestre par la limitation des investissements en télécoms aux Etats-Unis en raison des incertitudes entourant l'acquisition de T-Mobile par AT&T et le ralentissement de Verizon», indiquait hier la Société Générale, rappelant que l'équipementier réalise 40% de ses ventes aux Etats-Unis dans des conditions de marges meilleures que partout ailleurs. Le courtier attend une marge d'exploitation annuelle à 3,7%, par rapport à l'objectif d'Alcatel-Lucent «autour de 4%». Exane BNP Paribas prévoit 3,8%. Le risque est de voir le ralentissement persister en 2012. L'impact sur la marge d'exploitation d'Alcatel-Lucent serait alors démultiplié.
De quoi donner du grain à moudre aux vendeurs à découvert d'ici à la publication des résultats annuels le 10 février. Selon les chiffres du cabinet Data Explorers, un peu plus de 10% du capital d'Alcatel-Lucent fait aujourd'hui l'objet de prêts pour pouvoir ensuite être vendu à découvert. Alors même que Deutsche Bank rappelle que le cours de l'action (1,38 euro) est inférieur aux 2 euros de valeur à la casse du groupe en appliquant les ratios du démantèlement de Nortel.