Nous nous proposons d'approfondir avec énergie notre dialogue» avec Macquarie. C'est en ces termes diplomatiques que le PDG d'Eiffage, Jean-François Roverato, a rappelé vendredi le désaccord qui l'oppose à l'australien à propos d'Eiffarie. Le noeud du problème concerne la politique financière à adopter pour cette coentreprise chapeautant APRR et dont Eiffage détient 50% plus une action.
Depuis 2005, les deux partenaires ont été sur la même ligne pour la gestion d'Eiffarie. Ils ont notamment souscrit à une augmentation de capital en juin dernier. Mais depuis la fin de l'année dernière, les points de vue divergent.
Macquarie souhaite faire remonter les dividendes d'APRR pour payer les intérêts de la dette de l'ensemble Eiffarie. De son côté, Eiffage est favorable à un renforcement des fonds propres de sa filiale pour éviter à APRR de verser des dividendes. Chacun a jusqu'ici refusé l'option proposée par l'autre.
Selon Jean-François Roverato, il conviendrait d'injecter au moins 80 millions d'euros chez Eiffarie. Un chiffre qui correspond au service de la dette à fin juin, comme on le confirme en interne.
Si les covenants ont été évoqués lors de la présentation des résultats, ce n'est toutefois pas un éventuel risque de rupture qui motive ce choix. Fin 2009, le ratio de couverture de la dette de l'ensemble Eiffarie [ndlr, correspondant à une dette reconstituée sur Ebitda] devait être inférieur à 9,81. Or,«nous sommes à 8,9», précise un responsable du groupe en ajoutant avoir aussi de la marge sur le ratio d'Ebitda sur charge de la dette financière, qui doit rester supérieur à 1,1.
C'est plutôt du côté des agences que regarde Eiffage. Nous voulons «tout faire pour maintenir la notation d'APRR et d'Eiffarie en catégorie investissement», a réaffirmé le PDG d'Eiffage. Si elle est sous perspective stable chez Moody's (Baa3), la coentreprise est sous perspective négative chez S&P (BBB-), l'agence jugeant que le groupe a peu de marge de manoeuve par rapport à sa note.
Difficile en tout cas d'imaginer un soutien unique d'Eiffage. Macquarie pourrait en effet être réticent à une opération qui, selon un calcul rapide, amputerait sa participation d'environ 4 points. Eiffage et Macquarie devront donc trouver un compromis. Mais Jean-François Roverato a assuré ne pas avoir épuisé toute sa capacité de discussion.