Des jeux virtuels pour aimer la banque

Les « serious » et « business games » débarquent pour repérer les managers de demain ou former des collaborateurs.

Par Véronique Pierron le 18/06/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

A vos manettes, prêts, jouez ! C'est l'idée originale qu'ont imaginée les banques pour séduire les jeunes talents et redorer une image ternie par la crise. Michel Pébereau, président du conseil d'administration de BNP Paribas, explique cette stratégie à L'Agefi Hebdo : « Pour une banque mondiale comme BNP Paribas qui compte 173.000 salariés répartis dans 85 pays, entrer en contact avec les étudiants d'universités et de collèges internationaux est fondamental. » L'établissement a ainsi concocté un jeu d'affaires, Ace Manager, qui met en concurrence des équipes multiculturelles issues de 26 pays. Objectif avoué : tisser des liens privilégiés avec les futurs diplômés d'écoles de commerce, d'ingénieurs ou d'universités pour y ancrer la marque BNP Paribas. « Le succès de ce jeu nous a permis de forger un instrument commun entre la banque et l'ensemble de ces jeunes, et d'exprimer notre ‘leadership' sur les moyens de communication modernes », confirme Michel Pébereau.

Ace Manager plonge les participants dans un univers cher à la banque, le tennis. Si l'objectif n'est pas de perfectionner son revers, il est tout aussi compétitif. Il consiste à gérer virtuellement le patrimoine d'un joueur prometteur ou à organiser un tournoi. Elève ingénieur à l'Ecole nationale supérieure de mécanique et des microtechniques, Olivier Clément fait partie de l'une des trois équipes finalistes cette année. Si sa première motivation était le défi, il avoue ne pas avoir « de vocation à exercer le métier de banquier ». « C'est la nature multiculturelle de notre collaboration qui a été riche car elle nous a permis de cumuler nos connaissances pour trouver certaines bonnes réponses », explique-t-il. Le recrutement n'est pas le seul but de ces « business games » qui se profilent à la fois comme des pépinières à talents pour les entreprises et comme un exercice grandeur nature pour séduire les décideurs de demain. Un prosélytisme aussi affiché par Société Générale à travers son « business game », Citizen Act, qui propose aux étudiants de monter un projet en responsabilité sociale et environnementale (RSE). Soit une invitation à (ré)inventer la banque de demain... Et c'est une vraie carrure qui porte le projet à bout de bras : François Mounier, ancien rugbyman professionnel, ancien du XV de France, aujourd'hui chef de projet Citizen Act chez Société Générale. « Les candidats nous proposent un projet concret pour échapper au virtuel pur, et cette volonté répond à une demande de leur part d'être pris au sérieux », précise-t-il.

Découvrir les futurs managers

Sérieux jusqu'au bout des projets puisque Citizen Act offre aux lauréats la possibilité de les concrétiser dans la réalité. « L'an dernier, l'une des équipes lauréates était roumaine et offrait de réintégrer des jeunes sortis du cursus scolaire, en leur proposant des formations destinées à les professionaliser, explique François Mounier. Ils sont en train de mettre ce projet en place, via notre filiale locale BRD. » Fatma Rahil est en deuxième année de HEC et suit, en parallèle, un cursus à Sciences Po. Son équipe est arrivée première cette année grâce à un projet de microcrédit. « C'est très motivant d'apporter notre pierre à l'édifice de la RSE car notre but est la mise en place de notre projet, raconte-t-elle. Mais ces projets nous ouvrent aussi des portes, notamment chez Société Générale, car la démarche recrutement est favorisée. » Dans cet univers virtuel des jeux d'affaires, The Global Management Challenge, tournoi international de stratégie et de simulation de gestion d'entreprise créé en 1979, affiche clairement ses velléités de recrutement, comme le décrit Brigitte Chotel, directrice associée chez SDG Euromanager : « Le but est d'embaucher les meilleurs éléments en stage ou de créer des liens durables car ce sont souvent des étudiants de première année. » Cet événement, qui rassemble tous les ans 46.000 prétendants au titre de manager virtuel de l'année, repose sur un partenariat avec de grandes entreprises comme Deloitte, HSBC ou Crédit Agricole SA (CASA) qui coachent chacune plusieurs équipes, via un manager maison.

Nathalie Rauhoff, responsable recrutement de CASA, reconnaît des objectifs d'embauche : « Notre but est d'entretenir une relation de proximité avec les étudiants, une démarche qui nous permet aussi de détecter les collaborateurs de demain, c'est un élément important de notre politique d'employeur. » Depuis sept ans, le groupe encadre, en moyenne, une vingtaine d'équipes tous les ans, et comme les joueurs sont sélectionnés sur CV, les entreprises peuvent repérer les profils en adéquation avec leurs besoins. Nathalie Rauhoff remarque : « Si ces ‘business games' correspondent bien à la mentalité des jeunes, ce sont aussi des jeux formateurs qui les mettent en situation réelle et complètent ainsi leur formation théorique. » Même recherche de perles rares chez HSBC. Véronique Leenhardt, responsable sourcing et relations écoles, précise : « Nous repérons les leaders ou les facilitateurs dans une équipe car ce sont des qualités que nous aimons retrouver chez nos collaborateurs, et lorsque nous remarquons une équipe performante, nous essayons de resserrer les liens avec l'école, c'est ainsi que nous sommes entrés en contact avec l'Ecole française d'électronique et d'informatique. »

Phénomène concomitant au succès des jeux d'affaires, les jeux vidéo font irruption, à leur tour, dans l'univers de la banque. Les responsables en formation espèrent trouver dans ces « serious games » le supplément d'attractivité qui fait défaut au e-learning (formation à distance) classique. Au programme : entretien annuel d'évaluation, management, gestion de la diversité... Tout devient possible ! « Il y a cinq ans, nous avons mis en place une cellule de réflexion pour définir de nouvelles techniques pédagogiques et changer la perception de la formation qui représente 7,5 % de la masse salariale », explique Mathieu Halgand, responsable médias et e-learning au sein de la formation Axa France. Le groupe propose ainsi à ses collaborateurs plusieurs formations sous forme de jeu vidéo. Pour le module formant à l'entretien de vente par exemple, l'avatar du collaborateur est placé en situation dans une agence virtuelle face à un client qui réagit selon ses attitudes et propositions. « Ces ‘serious games' redonnent du goût à la formation et la rendent plus attractive et ludique, observe Mathieu Halgand. Ils présentent de plus un véritable intérêt pédagogique car ils apportent notamment un complément indispensable lors de formations sur le savoir-être en termes de multiplicité des situations à explorer. Cela permet aussi une optimisation du temps de présence pendant les formations. »

Stimuler la motivation

Une technique qui semble porter ses fruits puisque, à la suite du test du nouveau pilote de formation virtuelle créé par Axa sur les comportements d'achat, un petit groupe d'agents du sud-est de la France a constaté une augmentation de son volume d'affaires. Un succès d'autant plus satisfaisant que le coût d'investissement de ces jeux est d'en moyenne 100.000 euros l'unité. D'ailleurs, BNP Paribas ne dément pas son intérêt et vient de mettre en place début avril, Starbank the Game, un serious game destiné aux nouveaux collaborateurs pour les aider à comprendre la logique bancaire.

Valérie Belhassem, responsable de la formation chez BNP Paribas, précise : « Le jeu est un élément du parcours d'intégration de façon à ce que nos collaborateurs comprennent les activités bancaires et assimilent des repères culturels du groupe. » La mission du joueur est de construire une banque fictive dans une cité orbitale du XXVe siècle. Il développe ses activités en créant des structures, comme les points de vente ou un business center, et investit dans de nouveaux métiers et services. « Nous nous sommes rendu compte que le jeu favorise la motivation car il déplace le besoin d'apprendre vers le besoin de jouer, et du coup, les joueurs ne sont plus dans une modalité scolaire mais plongés dans le défi avec l'objectif de gagner, conclut Valérie Belhassem. Le jeu crée des comportements plus libres qui permettent aux joueurs de désinhiber certains comportements. »

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3 réaction(s)
  •  le econome Alerter
    08/01/2010 à 11:25

    le econome

    c pas comme ca que l'on frat avansser les choses!!!
  •  le econome Alerter
    08/01/2010 à 11:25

    le econome

    c pas comme ca que l'on frat avansser les choses!!!
  •  raymond Alerter
    21/08/2009 à 22:22

    raymond

    Existe-t-il des jeux favorisant la compréhension des enjeux fondamentaux de la bourse ? La banque centrale ne dispense-t-elle pas de formations à nos banquiers ? Les contribuables peuvent accompagner nos banquiers à mieux saisir leur rôle, s'ils le souhaitent. Prestation gratuite et sans engagement.
 
 

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