Bilan macroéconomique

Des choix opposés risquant d'accentuer les écarts entre les pays développés

- L’année 2010 se termine un peu plus favorablement aux Etats-Unis que dans la zone euro mais les facteurs de croissance interne restent encore fragiles - Les différences de trajectoire devraient s’amplifier en 2011 compte tenu des mesures de soutien à la reprise américaine face aux plans de rigueur européens

Par Caroline Durand le 17/12/2010 pour L'AGEFI Actifs

 
 

Après une accélération de la croissance au deuxième trimestre 2010, les chiffres ont révélé, comme anticipé, un fléchissement de l'activité au troisième trimestre - de 1 % à 0,6 % aux Etats-Unis et de 1 % à 0,4 % dans la zone euro - qui devrait se poursuivre sur la fin de l'année. Finalement, les économistes anticipent des résultats annuels conformes aux attentes aux Etats-Unis avec une hausse de PIB entre 2,5 % et 2,8 %, mais meilleurs que prévu dans la zone euro, entre 1,5 % et 1,7 % au lieu de 1,2 %, ceci grâce à un environnement international vigoureux, tiré par le dynamisme des pays émergents et des échanges commerciaux. Et malgré un ralentissement anticipé de l'activité dans ces marchés, la conjoncture mondiale devrait rester favorable en 2011.
Cependant, les facteurs internes de croissance peinent encore à prendre naturellement le relais aussi bien aux Etats-Unis qu'en Europe, et les contrastes entre les deux zones, y compris entre les pays européens, devraient s'amplifier l'année prochaine selon les priorités des politiques économiques.

Des craintes déflationnistes persistantes aux Etats-Unis.
Un taux de chômage élevé - de 9,8 % selon les dernières statistiques -, un marché immobilier qui ne redémarre pas de lui-même, une reprise de la consommation contrainte par le désendettement des ménages et l'augmentation du taux d'épargne... Les freins à un redémarrage franc du marché domestique américain se sont multipliés courant 2010 et, compte tenu d'une inflation sous-jacente négative pendant quelques mois, la Réserve fédérale a finalement opté pour un nouveau plan d'assouplissement monétaire (Quantitative Easing 2) d'un montant total de 600 milliards de dollars échelonné jusqu'en juin prochain.
« L'impact sur les anticipations des agents économiques en termes de suffisance de liquidités a réussi car les taux longs ont baissé après l'annonce du plan QE2 et les indicateurs avancés se sont améliorés, note Laurent Berrebi, directeur des études économiques chez Groupama AM. En revanche, l'effet dépréciatif sur le dollar destiné à soutenir le commerce extérieur et, consécutivement, l'investissement des entreprises pour compenser la faiblesse de la demande intérieure reste mitigé. »

Une consommation encore faible...
D'après les spécialistes, les exportations devraient continuer de soutenir la croissance américaine en 2011 et la reprise de l'investissement en équipement des entreprises devrait se poursuivre mais à un rythme plus modéré (5,5 %).
En revanche, « La hausse de la consommation des ménages restera mesurée, à 2,4 % en 2011, alors que dans les phases ascendantes de cycle, elle progresse plutôt de 3 ou 3,5 %. C'est l'élément qui continuera de freiner la reprise. Les ménages préfèrent généralement se désendetter lorsque que les prix de l'immobilier baissent, comme c'est le cas en ce moment », considère Jean-Luc Proutat, responsable des économies OCDE chez BNP Paribas.

... maintenue sous perfusion.
Toutefois, afin de favoriser une poursuite de la croissance, le président Obama et les Républicains du Congrès sont convenus de prolonger les mesures fiscales favorables aux ménages qui arrivaient à échéance en fin d'année, les efforts budgétaires pour lutter contre les déficits étant ainsi reportés à 2012 ou 2013. « Ces choix nous ont amenés à revoir à la hausse notre estimation de la croissance américaine pour 2011 à 2,3 % au lieu de 2,1 % », relève Jean-Luc Proutat. Plus optimiste, Dexia AM estime que « le prolongement des mesures fiscales de l'administration Bush devrait apporter jusqu'à 0,5 % de croissance supplémentaire », sachant que leurs prévisions initiales tablaient sur une hausse du PIB de 2,5 % pour l'année prochaine.
Pour sa part, l'économiste de Groupama AM anticipe la croissance américaine à 1,8 % en 2011, ceci compte tenu du retournement du cycle de stockage qui aura un impact négatif de 0,6 % sur la croissance après une contribution positive de 1 % dans les 2,5 % de hausse du PIB en 2010. De plus, il estime que le taux de chômage restera à un niveau élevé, entre 9,5 % et 10 %, avec une moyenne de seulement 100.000 créations d'emplois par mois. A cet égard, le scénario économique de Dexia AM prévoit que « pour ramener le taux de chômage à 7,5 % en 2015, les Etats-Unis ont besoin d'un taux de croissance moyen de 2,8 % ».

Des écarts importants entre le peloton de tête européen...
Dans l'ensemble, les estimations tablent sur une croissance de la zone euro comprise entre 1,5 % et 1,7 % mais, comme à l'accoutumée, celle-ci couvre des situations très diverses. Ainsi, Dexia AM a défini trois groupes de pays dans la zone en fonction de leur niveau de PIB. Le premier comprend les pays qui ont connu une reprise de la croissance économique quasi normale depuis la crise, c'est-à-dire l'Allemagne, la France, les Pays-Bas, la Belgique et l'Autriche, ces cinq Etats représentant 63 % du PIB de la zone euro, suivis par l'Italie et la Finlande (19 % du PIB total) où le choc a été un peu plus marqué.
L'Allemagne, en particulier, est redevenue la locomotive de l'Europe. « Le bilan meilleur qu'attendu sur la zone euro revient principalement à l'Allemagne dont la croissance est estimée à 3,5 % pour 2010. Celle-ci est certes due aux exportations pour une large part mais elles ont permis de mettre en place un schéma vertueux favorisant de nouveaux investissements et des embauches », explique Jean-Luc Proutat. De son côté, la France devrait boucler l'année 2010 sur une progression du PIB de 1,5 % grâce à une bonne contribution des stocks et un début de reprise des investissements des entreprises.

... et les pays périphériques.
Ce dernier groupe est constitué par les quatre pays qui sont en récession ou vont l'être en 2011 : l'Espagne (-0,2 % de croissance en 2010), le Portugal (-1 %), l'Irlande (0 %) et la Grèce (-3 %), ces pays représentant 18 % du PIB de la zone euro.
Les ajustements fiscaux sévères prévus dans ces pays devraient continuer d'accentuer les écarts de croissance avec le peloton de tête de la zone euro. L'Allemagne, principal moteur de la croissance européenne, est aussi le pays qui a le moins d'efforts budgétaires à fournir (3,5 % de déficit budgétaire en 2010).

Des ajustements budgétaires douloureux...
Les plans d'austérité seront coûteux en termes de croissance économique, notamment en 2011 où les restrictions seront les plus importantes. Néanmoins, les impacts restent difficiles à quantifier tant la situation est inédite.
Les prévisions divergent donc de manière importante selon les sources. Ainsi, en 2011, Dexia AM prévoit une hausse du PIB de 1,6 % (au lieu de 2,5 % sans restriction fiscale), BNP Paribas de 1,3 % et Groupama AM de seulement 0,5 % pour l'ensemble de la zone euro. « Les mesures discrétionnaires annoncées coûteront environ 1,5 % du PIB de la zone euro, dont un point de croissance en 2011 et 0,5 point en 2012, estime Laurent Berrebi. En temps normal, l'impact sur la croissance aurait été de moitié (0,75 %) car les mesures d'austérité sont compensées par une politique monétaire plus accommodante, des taux longs plus bas et une dépréciation de la devise. Aujourd'hui, cependant, les taux monétaires sont au même niveau qu'avant l'annonce des plans d'austérité et il n'y a plus d'effet à attendre de la baisse des taux longs. Or, quand ces deux facteurs sont absents, l'impact des mesures discrétionnaires est multiplié par deux, c'est-à-dire qu'un point de mesures coûte un point de croissance. »

... et incertains.
Jusqu'à présent, la consolidation fiscale est en ligne avec les plans annoncés mais les risques de non-respect des engagements sur la durée ne sont pas négligeables, notamment dans les pays périphériques. « En Irlande, notamment, il y a un risque qu'à l'issue d'élections anticipées, le nouveau gouvernement décide de ne pas adhérer au plan d'austérité qui va amplifier l'insolvabilité des ménages et le problème du chômage », explique Laurent Berrebi.
En revanche, si les engagements sont tenus de manière à réduire les déficits pour stabiliser le poids de la dette, une petite embellie peut être attendue pour 2012 - 1,7 % après 1,3 % en 2011 pour BNP Paribas - avec une croissance un peu plus équilibrée.

Envoyer par mail
Imprimer cet article
Rétrécir le texte
Agrandir le texte

Pdf

Illustrations

 
 
 
 

Réagir à cet article

 
Merci de vous identifier ou de vous inscrire pour réagir à cet article.

0 réaction(s)
 
 

Inscrivez-vous

Pour découvrir gratuitement L'AGEFI Quotidien, WikiFinance, les panels interactifs et notre espace communautaire sur www.agefi.fr

Déja inscrit(e) ou abonné(e) ? Identifiez-vous

 

S’abonner gratuitement aux newsletters

 
 
 
 
 
Partenaires
Ishares
CPR Asset Management Newsmanagers
 
Nomination précédente
Yohann Toreau Avocat associé, concurrence et distribution
DS Avocats
Yohann Toreau
Avocat associé, concurrence et distribution
Marc Julien Directeur acquisitions et suivi intégrations
Econocom
Marc Julien
Directeur acquisitions et suivi intégrations
Jean-Michel Riou Directeur de Coface Europe de l'Ouest et directeur de Coface France
Coface
Jean-Michel Riou
Directeur de Coface Europe de l'Ouest et directeur de Coface France
Jean-Claude Tanguy Vice-président directeur général France
BNP Paribas Real Estate Property Management
Jean-Claude Tanguy
Vice-président directeur général France
Bernard Le Bras Président du directoire
Suravenir
Bernard Le Bras
Président du directoire
Nomination suivante
 
 
 
 
 
 

 
 

Communautés

Derniers membres enregistrés