Barack Obama signera cet après-midi à la Maison Blanche une loi qui bouleversera à partir de février prochain les règles du jeu sur le marché américain des cartes de crédit. A Wall Street, les analystes étaient unanimes à considérer que ces nouveaux droits auraient un coût substantiel pour les émetteurs de cartes. Pour Kenneth Chenault, PDG d'American Express, les changements sont clairement «plus négatifs que positifs».
Premier changement: les émetteurs ne pourront plus modifier les taux pour les appliquer rétroactivement aux encours existants sauf si les impayés dépassent soixante jours. En outre, tout changement des termes du contrat, en particulier du taux d'intérêt, devra être notifié 45 jours à l'avance. En cas de remboursement partiel, les fonds reçus seront affectés en priorité aux encours subissant les taux des plus élevés. Plus question d'infliger des pénalités de dépassement de limite, sauf si l'utilisateur a explicitement donné son autorisation à de telles transactions auparavant. Enfin, pas de changement autorisé du taux pendant la première année ou d'un taux promotionnel pendant une période de six mois, et pas de carte pour une personne âgée de 21 ans sans garantie financière ou autorisation d'un adulte.
Ce train de mesures «représente un pas en avant dans la protection des consommateurs et va contribuer un marché du crédit à la consommation plus juste, plus transparent et plus simple», a estimé le secrétaire au Trésor Tim Geithner. Mais il a également le potentiel d'accélérer la chute des résultats, déjà à leur plus bas, des principaux émetteurs américains, American Express, Bank of America, Citigroup, Capital One, Discover ou JP Morgan Chase. D'après les calculs de Chris Brendler, analyste chez Stifel Nicolaus, l' «excess spread» (la différence entre le taux rapporté et le taux de pertes sur les cartes) a chuté de 1,21% en un mois et de 3,1% en un an pour atteindre 4,67%. Les pénalités désormais interdites ont rapporté 8,6 milliards de dollars l'an dernier, relève-t-il. Pour compenser, les taux pourraient faire l'objet d'un relèvement généralisé pénalisant les «bons payeurs».
Pour rappel, 78% des familles américaines détiennent au moins une carte de crédit représentant une dette totale de 945 milliards de dollars.