C'est une interdiction sans réserve que le vice-président de la Commission européenne a prononcé hier à l'égard du projet de fusion entre Deutsche Börse et Nyse Euronext. Joaquin Almunia a estimé que la création d'un ensemble contrôlant «90% du marché mondial des produits dérivés basés en Europe» éliminerait «un sain processus compétitif» et se traduirait par «des prix plus élevés et par moins d'innovation». A Bruxelles, on note un «déséquilibre» avec la décision américaine de laisser le CME se constituer en monopole. Pour la direction de Deutsche Börse (photo), c'est «un jour noir pour l'Europe».
Hausse potentielle des prix, difficulté d'accès aux instruments financiers, barrières à l'entrée due à l'intégration entre services de négociation et de compensation dans le nouvel ensemble sont les principaux «effets pervers» de la fusion, selon Bruxelles. Le collège des commissaires, qui a débattu du cas pendant une heure et demie hier matin, a approuvé la définition du marché des dérivés proposée par la direction générale de la concurrence.
«Ce qui compte, c'est le sous-jacent», a dit Joaquin Almunia. «Les dérivés basés sur un indice sur actions européennes n'e sont pas en concurrence avec un dérivé sur indice sur actions américaines», a-t-il ajouté, car ces deux produits ne couvrent pas les mêmes risques. Dans ces conditions, la dominance du nouveau groupe était manifeste. Seule la cession de Liffe aurait permis d'infléchir la décision, selon plusieurs sources proches du dossier. Les deux partenaires n'étaient pas prêts à accepter une telle concession.
Le second problème de taille soulevé par la Commission concerne l'intégration verticale. «A cause des silos verticaux opérés par Liffe et Eurex, il y a des barrières majeures à l'entrée sur le marché», a précisé Joaquin Almunia.
Mercredi matin, seul Michel Barnier avait déposé une «réserve d'attente» en vue de décaler d'une semaine la décision. Pour lui, «il était important qu'il y ait un débat sur une question aussi importante», a expliqué une personne proche du commissaire. Le commissaire au marché intérieur était en désaccord avec Joaquin Almunia et la majorité de ses confrères sur la définition du marché retenue. «Il a exprimé sa propre évaluation des marchés en cause», a indiqué cette source.
«C'est une bonne décision mais elle nous laisse avec des problèmes irrésolus», a déclaré à L'Agefi Sharon Bowles. La présidente de la commission des Affaires économiques et monétaires du Parlement souligne le «déséquilibre» entre l'interdiction qui vient d'être décidée, d'un côté, et l'autorisation faite au Chicago Mercantile Exchange de se constituer en quasi-monopole sur les marchés de dérivés, de l'autre. L'eurodéputé Jean-Paul Gauzès a «regretté» la décision qu'il juge «préjudiciable» et a jugé l'analyse de marché «pas pertinente».
Quant à Gérard Mestrallet, le président de Paris Europlace, il estime qu'«il s'agit d'une opportunité importante manquée pour l'Europe, dans la mesure où le rapprochement aurait permis de constituer un marché boursier régulé fort et transparent au niveau international et de renforcer la position européenne dans l'ensemble transatlantique». Cette fusion lui semblait encore «répondre, dans l'esprit du G20, à la nécessité de rendre plus transparents et robustes, à l'échelle mondiale, les marchés financiers». Les parties ont deux mois pour faire appel.