Les chiffres annoncés le 1
erdécembre en témoignent, l'acquisition de Fortis par BNP Paribas, conclue le 12 mai, est une belle opération. Payée 6,2 milliards, elle offre un écart d'acquisition favorable de 800 millions ; le retour sur capitaux investis devrait dépasser les 20 % à partir de 2012, et 900 millions d'euros de synergies annuelles sont attendues à cet horizon. En outre, la diminution des actifs pondérés va atteindre 42 milliards d'euros, dont 30 milliards dans les activités de banque de financement et d'investissement (BFI), 15 milliards ayant déjà été réalisés. Le complément proviendra de l'extinction progressive des portefeuilles d'actifs structurés, le profil de risque diminuant à mesure.
L'intégration de Fortis Merchant Banking réserve ainsi quelques bonnes surprises. En premier lieu, « environ la moitié de l'écart entre les synergies envisagées il y a 200 jours, à 500 millions d'euros, et le montant actuel provient de la BFI, explique Jean-Laurent Bonnafé, directeur général délégué de BNP Paribas. Là où il n'y avait pas de perspective, nous voyons mieux maintenant la valeur que nous pouvons dégager ». En année pleine, le nouvel ensemble apportera 368 millions d'euros de synergies, dont 43 % de coûts. « Ces synergies-là proviennent essentiellement de l'intégration des middle et back-offices, ainsi que de la migration de ‘Merchant Banking' vers le système d'information de BNP Paribas, avec l'avantage de pouvoir proposer tous les produits du groupe à l'ensemble de la clientèle », précise Alain Papiasse, responsable de la BFI. Quant aux synergies de revenus, elles ne sont certes pas très importantes (2 millions d'euros net sur 50 millions), mais « nous avons réduit nos risques et nous nous diversifions », rappelle Jean-Laurent Bonnafé.
Un réseau paneuropéen
Paradoxalement, la branche de Fortis la plus impactée par la crise va bénéficier à BNP Paribas, une fois sa gestion du risque et sa gouvernance en place. Non seulement le français devient leader de la BFI en Belgique, mais surtout « une partie de notre organisation globale repose sur Bruxelles qui devient une plate-forme non pas seulement dans le pays, mais pour l'ensemble du groupe », souligne Alain Papiasse. On y trouve ainsi deux « centres d'expertise » : l'un pour les financements d'acquisitions corporate, d'export et de projets en Europe du Nord et du centre (dont la Grèce et la Turquie), l'autre pour les partenariats public-privé dans toute l'Europe ; ainsi que quatre « centres de compétences » qui assureront notamment le développement des produits et le pilotage des équipes commerciales pour le groupe, dont Corporate & Transaction Banking Europe (CTBE) : la banque commerciale de la BFI.
De la création de CTBE découle une organisation unique qui doit être opérationnelle courant 2010. « Nous parlons de 20 pays européens disposant de plus de 100 centres d'affaires : un maillage exceptionnel, souligne Baudouin Prot, directeur général de BNP Paribas. Les centres d'affaires qu'apporte Fortis à BNP Paribas constituent un élément déterminant pour le groupe. » Ce réseau paneuropéen est ainsi constitué de 30 sites dans 16 pays, conservés parmi les business centers développés par Fortis, et désormais rattachés à la BFI via CTBE, ainsi que des 70 centres de BNP Paribas sur ses 4 marchés domestiques de banque de détail. « Tous ont vocation à proposer les mêmes produits et services, de la BFI à la gestion des flux, notamment pour le financement du commerce international et la gestion de trésorerie, précise Alain Papiasse. Ce réseau de proximité doit bénéficier à l'ensemble des entreprises, petites, moyennes et grandes, y compris aux groupes non européens clients de la BFI et présents sur ces marchés. » Enfin, en support de CTBE, ainsi que pour les clients belges, la salle de marché de BNP Paribas Fortis à Bruxelles se concentrera sur les produits de flux.
BNP Paribas aura finalement gagné, avec Fortis Merchant Banking, certaines expertises, notamment dans le financement des matières premières et les valeurs moyennes, mais aussi des plates-formes renforcées aux Etats-Unis, au Royaume-Uni et en Asie. « L'acquisition de Fortis est structurante pour le groupe, soutient Baudouin Prot, illustrant son propos par la création de ce hub bruxellois pour la BFI. C'est vraiment la naissance d'une banque européenne qui a la capacité d'accompagner ses clients à l'international. »