BNP Paribas Fortis sur la voie de l'intégration

Bénéficiant déjà dans ses comptes de l’apport de sa nouvelle filiale, le français a présenté un plan plutôt bien accueilli en Belgique.

Par Florence Autret, à Bruxelles le 12/11/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

C'est comme dans une maison : lorsqu'un nouveau propriétaire arrive, on vide les placards, on nettoie tout, pour qu'une fois entré chez lui, il n'ait plus qu'à s'installer devant la télé », explique un responsable syndical. Une métaphore ménagère qui traduit bien l'état d'esprit de la majorité du personnel de Fortis Bank. Après les errements de la précédente direction et les affres de 2008, elle veut croire que BNP Paribas va pouvoir ramener une certaine sérénité dans la maison dont Jean-Laurent Bonnafé, directeur général délégué du groupe français, détient les clés depuis juin.

Six mois après le lancement de 400 groupes de travail internes, la nouvelle équipe dirigeante a présenté, le 6 novembre, les grandes lignes de son projet aux représentants du personnel et au gouvernement belge. L'Etat contrôle une minorité de blocage de 25 % plus une voix dans Fortis Bank devenue BNP Paribas Fortis. « Deux choses ressortent : le renforcement des fonctions commerciales en Belgique, du service à la clientèle, dans les agences et pour la banque privée d'un côté, et de l'autre des centres de compétences qui fonctionneront au départ de la Belgique pour l'ensemble du groupe, expose Jean-Michel Cappoen, secrétaire général de SETCa, la branche services du syndicat socialiste FGTB. BNP Paribas n'ayant pas de réseau, elle va s'appuyer sur celui de Fortis. » Michèle Gélin, déléguée du syndicat chrétien francophone CSC, qualifie pour sa part le projet d'« ambitieux. BNP Paribas vient pour développer de nouvelles branches et en renforcer d'autres. Cela ne peut être que positif pour l'emploi ».

L'heure est à la mobilité

Si 2.000 postes devraient être supprimés dans différentes branches, 1.250 nouvelles fonctions seraient créées entre le 1erjanvier 2010 et le 31 décembre 2012. Au final, 750 emplois disparaîtraient « sans licenciement sec », insiste-t-on chez Fortis. « Tout le problème sera de savoir où replacer ces gens », remarque Jean-Michel Cappoen. « Il faudra analyser les profils, voir quelles sont les nouvelles fonctions et faire ensuite un exercice de ‘matching' », anticipe Michèle Gélin. La mobilité devrait être fonctionnelle et non géographique, les affectations en France concernant une frange marginale de cadres de haut niveau. Autant dire que l'intégration de Fortis commence à peine. « Le 1erdécembre, date de présentation du plan industriel aux analystes, n'est pas un point d'arrêt du travail de réflexion interne, c'est un point de départ », explique-t-on chez Fortis.

Quels seront les centres de compétences installés en Belgique ? Ce n'est pas tranché. Des réunions par métiers devaient se tenir cette semaine pour préciser le plan industriel désormais esquissé. Une certitude : les rangs du « merchant banking » continueront à s'éclaircir à la suite du rapprochement avec la banque de financement et d'investissement (BFI) de BNP Paribas. Dans cette activité qui avait largement contribué aux déboires de la banque, les premiers départs remontent à l'« ère du chaos », cette période d'octobre 2008 à avril 2009 entre la cessation de paiement de Fortis et l'approbation par les actionnaires de sa vente au français. Fin juin, elle comptait encore 2.793 personnes, y compris la salle de marché, soit 15 % du personnel. Avant le démantèlement de Fortis Banque, c'était 25 %. Sur les 450 salariés de la salle de marché, une centaine seraient déjà partis chercher meilleure fortune ailleurs.

Ces départs ont eu lieu dans le cadre d'un plan conçu par l'ancienne direction pour accompagner la fusion avec... ABN Amro ! Il ne visait initialement que les activités présentant des doublons avec la banque néerlandaise. La nouvelle direction n'a eu qu'à « mettre l'ensemble du groupe en restructuration » pour l'adapter aux besoins du rapprochement avec BNP Paribas. A l'échéance, le 1er décembre de cette année, 592 personnes devraient ainsi avoir anticipé leur départ.

Dans les activités de détail, la restructuration appartient théoriquement au passé. Elle a fait suite à la transformation de Fortis en géant de la finance belge à partir de 1993 et l'absorption de la Caisse générale d'épargne et de retraite (CGER), puis de la Générale de Banque en 1998. « C'était du 10+10=14. Un vrai bain de sang social », se rappelle le député européen Marc Tarabella, un ancien de la CGER. Depuis cinq ans maintenant, le réseau est stable. « La situation est saine et l'ambiance de travail correcte », dit Jean-Michel Cappoen. Fortis aurait même recommencé à recruter dans la région bruxelloise.

En interne, toutefois, certains s'inquiètent. Après la fusion, la Belgique aura de loin le réseau le plus dense du groupe, avec 1.030 agences pour un territoire abritant 10,5 millions de personnes et très urbanisé. La France en compte 2.300 pour une population six fois supérieure et l'Italie 800. S'y ajoutent les 318 agences Fintro, un réseau indépendant de courtiers en assurance qui offrent aussi des services bancaires, ainsi que les bureaux de la banque postale belge avec laquelle le groupe a un partenariat. Parallèlement, le nouveau concept d'agence comprenant un grand espace machines, un guichet d'orientation seulement et quelques bureaux pour les conseillers fait redouter un excédent de personnel. « Dans les agences QCS (Quick Cash Service, NDLR), on pourrait facilement passer de dix à cinq personnes », explique sans tabou une source interne. La direction joue la flexibilité. Pendant l'été, la convention collective sur l'organisation du travail a été revue pour élargir la définition du « personnel de confiance », autrement dit celui qui gère son temps comme il l'entend et ne « pointe » pas.

Inquiétudes

Enfin, l'équilibre entre agences Fortis « statutaires » et agences indépendantes, sortes de franchises, pourrait aussi être revu au bénéfice des secondes, dont le personnel est moins protégé par les conventions collectives. « Le réseau indépendant est plus rentable mais les salaires sont 20 % à 30 % inférieurs », indique une source interne. Actuellement, la part du réseau indépendant est plafonnée à 30 %. BNP Paribas s'y tiendra-t-il ? Ce point, comme celui de l'infléchissement de la politique commerciale, inquiète. « On est à nouveau sous pression pour vendre des produits complexes sur lesquels la banque touche une commission, alors même que nous ne les comprenons pas bien et que les clients veulent des choses simples : comptes à terme et bon de caisses », révèle une source. Mais la crise a laissé des traces. « Les conseillers résistent. » Avant l'été, l'interdiction de vendre des produits par téléphone, comme des placements (dans la limite de 10.000 euros) ou des cartes de crédit, a été levée. « Cela devient une pratique autorisée et même encouragée », signale un salarié.

Jean-Laurent Bonnafé donne le tempo. « On a l'impression qu'il a la mainmise sur le projet. C'est positif. Avant, il n'y avait pas de ligne claire », remarque Michèle Gélin. Mais les syndicats veulent garder leur mot à dire d'ici à la présentation à la presse et aux analystes le 1er décembre. « Si le projet ne correspond pas à ce que nous souhaitons, nous ne réagirons pas seulement au niveau de la direction mais aussi au niveau politique », avertit Jean-Michel Cappoen. Si le ministre de l'Economie, le libéral Didier Reynders, a toujours soutenu la fusion franco-belge, le parti socialiste, également au gouvernement, affecte de prendre ses distances avec le secteur financier. Il a par exemple récemment obtenu la création d'une « taxe financière », une sorte de prime d'assurance qui atteindra 500 millions d'euros par an en vitesse de croisière et dont BNP Paribas, désormais à la tête de 23 % des dépôts à vue et 19 % des dépôts à terme belges, devra payer une bonne part.

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