Bluenext s'offre une nouvelle plate-forme informatique

Profitant de l’expiration du contrat de maintenance la liant à Powernext, la Bourse du carbone se dote d’un système plus évolutif.

Par Christophe Quester le 08/10/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Nous disposerons d'un nouveau système d'information entièrement renouvelé d'ici à la fin de l'exercice 2009 », annonce Jean-Pierre Hort, directeur général de Bluenext, créée fin 2007. Détenue conjointement par Nyse Euronext (60 % du capital) et la Caisse des dépôts et consignations (CDC - 40 %), Bluenext est le gestionnaire du marché organisé international pour la négociation et le règlement-livraison de quotas et crédits de CO2
, émis dans le cadre de l'application du protocole de Kyoto (lire aussi l'entretien page 13). Nyse Euronext a apporté la branche d'activité carbone rachetée à la Bourse de l'énergie Powernext, et la CDC l'activité de règlement-livraison qu'elle assurait pour Powernext Carbon. « Afin de nous donner le temps de construire notre propre système d'information et constituer une équipe autonome, il a été nécessaire de mettre en place un contrat d'infogérance avec Powernext qui s'achèvera fin 2009 », détaille Laurent Simerey, responsable des systèmes d'information (SI) chez Bluenext. La migration débutera fin novembre.

Concrètement, le SI de Bluenext se compose de deux grands ensembles, hérités de Powernext. Le premier consiste dans la plate-forme de trading proprement dite, c'est-à-dire celle qui gère la confrontation et l'appariement des ordres. Elle fonctionne selon la technologie Global Vision de l'éditeur britannique TrayPort, racheté début 2008 par GFI Group, une entreprise américaine cotée au Nasdaq, spécialisée dans les plates-formes boursières et les outils de courtage. Une fois appariés et validés, les ordres sont reversés dans le second outil, une base de données dénommée « le journal » et développée en interne par Powernext. Celle-ci transmet alors les informations afférentes aux quotas échangés à la CDC qui gère le registre français des quotas. « BlueNext organise le règlement-livraison des transactions et envoie les instructions de mouvements de quotas et de cash à la CDC », explique Jean-Pierre Hort. Comme pour une chambre de compensation classique, chaque membre doit disposer sur son compte de l'équivalent en cash ou en quotas pour une transaction, ce afin de limiter le risque de contrepartie.

Optimisation

« Bien évidemment, nous avons fait évoluer le système depuis la création de Bluenext, avec notamment le lancement de nouvelles offres comme les quotas CER (Certified Emission Reduction) ou les ‘futures' », souligne Jean-Pierre Hort. Profitant de la réinternalisation de l'informatique, les dirigeants de Bluenext ont décidé de refondre et d'optimiser le système au niveau applicatif. « Reprendre la main sur notre SI nous donne une vision d'ensemble et nous permet de réorganiser l'architecture et le patrimoine applicatif avec, comme objectifs, plus de souplesse, d'évolutivité et une maintenance simplifiée », précise Pascal Soulard, directeur des opérations et de l'informatique de Bluenext. Les principes d'harmonisation et de réagrégation ont été appliqués : « Nous avons conservé les mêmes briques technologiques constitutives du SI, mais en les simplifiant et en les adaptant uniquement à nos besoins, Powernext opérant sur plusieurs marchés autres que le carbone, indique Laurent Simerey. Mais bien que nous soyons une Bourse, nous n'avons pas les mêmes contraintes que Nyse Euronext en termes de performances quant aux nombre d'ordres traités à la seconde. » Le seul impératif est la liquidité, car comme toute Bourse, Bluenext ne peut se permettre un arrêt du marché.

Un protocole propriétaire limité

« Le marché du carbone est en pleine évolution mais sa maturité est encore assez faible », prévient Jean-Pierre Hort. D'importantes évolutions sont attendues, comme la mise aux enchères des quotas d'émission de CO2.Jusqu'à présent, ils étaient alloués automatiquement, mais à partir de 2013, les entreprises de certains secteurs industriels devront les acheter aux enchères. « Nous mettons actuellement en place une solution pour ces enchères, explique Jean-Pierre Hort. Cette offre permettra également de répondre à la demande de certains participants du marché désirant en organiser sur d'autres produits carbone. » Mais basée sur Global Vision et son format propriétaire, la plate-forme de trading de Bluenext ne propose pas de protocole de communication ouvert, restreignant les solutions de connectivité avec des solutions de middle et back-office intégrées comme Sophis ou Sungard, des standards sur les marchés de la gestion d'actifs et du courtage. Ainsi, Sagacarbon, membre de Bluenext pour le marché spot, spécialisé dans le courtage et l'ingénierie financière, utilise Sophis depuis sa création en 2002. « Il a fallu quelques développements pour adapter Sophis et les plates-formes transactionnelles du type Bluenext et Web ICE de ECX à nos besoins », souligne Fabrice Thiébaud, directeur des opérations carbone chez Sagacarbon. Les outils transactionnels, pour le négoce des quotas, sont quant eux totalement intégrés avec l'utilisation et le développement d'API (interfaces de programmation d'applications) ou utilisés directement via la plate-forme web de Web Ice ou via Trayport (Global Vision de Bluenext). « Le développement autour des API permet d'ajouter des outils (automates) qui facilitent la gestion des transactions », ajoute Fabrice Thiébaud.

Dernièrement, Sagacarbon a réalisé l'interconnexion de ses différentes filiales à Hong-Kong et dans les pays de l'Est. Autant dire que l'intégration est une des priorités pour Sagacarbon. « Un outil informatique performant est incontournable pour être compétitif », reconnaît Fabrice Thiébaud. C'est pourquoi le passage de la plate-forme transactionnelle de Bluenext à un protocole de communication ouvert sera certainement le prochain gros chantier informatique. D'ailleurs, une nouvelle version de GlobalVision, intégrant le protocole FIX (Financial Information eXchange, un standard de messages relatifs aux transactions boursières), devrait être proposée. Chez Sophis, « de nouvelles interfaces aux marchés des matières premières, intégrant la dernière version de FIX, seront bientôt disponibles », confirme Jihad Al Chaer, responsable des services clients de l'outil risque de l'éditeur Sophis pour l'Europe continentale. 

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