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Les salariés prennent davantage en main la question du financement de leur retraite

le 16/06/2005

Entretien avec Denis Stainier, directeur chez Mercer Human Resource Consulting

- L'Agefi : Quelle est actuellement l'approche des entreprises concernant l'épargne-retraite de leurs salariés ?

- Denis Stainier : En France comme en Europe, on assiste à l'émergence d'une culture d'entreprise en matière de retraite. Mais la question n'est pas abordée isolément, elle s'intègre dans un cadre de rémunération globale : salaire, dispositif santé-prévoyance, retraite. Les entreprises réfléchissent en termes de budget global du coût de l'emploi, dont la maîtrise est aujourd'hui un impératif. Le social et le financier s'entremêlent. A tel point que le traitement des rémunérations devient la responsabilité conjointe des directions des Ressources humaines et financière. Les responsables du personnel ne sont souvent pas suffisamment équipés techniquement pour prendre intégralement en charge cette question.

- L'épargne individuelle se développe. Les salariés se sentent-ils davantage concernés par le financement de leur retraite ?

- La responsabilisation des salariés concernant la planification financière à long terme se développe en effet. Ce message s'applique certes différemment selon les catégories professionnelles et leur niveau de sophistication financière. Mais de plus en plus, le discours vis-à-vis des salariés commence à être : « La retraite, c'est aussi votre problème. » L'entreprise part du concept de rémunération globale et ensuite, on le voit dans de nombreux pays, elle met en place des programmes flexibles, où le salarié fait lui-même des choix ou des arbitrages entre cash immédiat et cash différé, entre retraite et protection-décès. Ceci est un mouvement de fond dans le monde entier. On transfère le risque, on transfère la responsabilité. L'entreprise est davantage dans une démarche de mise à disposition des outils nécessaires.

- Comment évolue le financement des dispositifs d'épargne-retraite ?

- Une autre tendance lourde dans l'ensemble des pays développés est l'externalisation avec capitalisation de l'épargne des salariés. Dans certains pays, comme au Japon ou en Allemagne, les entreprises avaient mis en place à partir de la Seconde guerre mondiale des provisionnements internes pour financer les retraites. Ces engagements sont provisionnés comptablement dans les bilans, comme une dette, mais il n'y a pas de constitution d'un actif financier, pas de sortie de cash avant le paiement des prestations. Le dispositif reste protégé par un fonds de garantie gouvernemental (le PSV en Allemagne), les entreprises payant des primes d'assurance à un organisme assureur. Ce système se justifiait à l'époque car c'était un moyen de financement peu onéreux. Mais aujourd'hui, le marché se dirige vers une plus grande externalisation. Les entreprises font de plus en plus appel à des gestionnaires d'actifs pour mettre à disposition des salariés des véhicules externes, avec un risque acceptable à l'horizon d'investissement. Le basculement complet de la plus grande partie des engagements retraite vers des gestionnaires externes aura un impact certain sur les marchés financiers.

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