Dans la guerre des nerfs que se livrent la Chine et les Etats-Unis, du niveau du yuan à la censure frappant Google, Washington pourrait bien livrer une bataille symbolique aux enjeux financiers majeurs en formalisant une attaque à l'encontre de Pékin sur le terrain des cartes de crédit. Bloomberg rapportait en effet vendredi que des avocats des principaux réseaux américains de cartes de crédit discutent avec l'administration Obama, en l'occurrence le bureau exécutif du président, de l'éventualité de déposer plainte auprès de l'Organisation mondiale du commerce pour entrave à la concurrence.
Washington a indiqué ne pas avoir pris de décision concernant une telle plainte et souhaiter privilégier pour l'heure les négociations directes avec Pékin.
Visa, American Express, MasterCard, ou encore Discover Financial Services se plaignent de se voir interdire l'accès au marché chinois, au mépris des engagements pris par Pékin lors de son adhésion en 2001 à l'OMC. En 2009, les Etats-Unis avaient déjà alerté l'OMC au sujet du commerce de matières premières.
Les banques étrangères ne sont pas autorisées à émettre leur propre carte de crédit en yuans, elles doivent le faire en partenariat avec des acteurs chinois et doivent passer par l'unique réseau de paiement électronique public, China UnionPay Data. Et Pékin semble aujourd'hui jouer sur les mots concernant des promesses de libéralisation dont l'application était attendue fin 2006.
David Hartridge, conseiller pour le cabinet White & Case sur les questions de commerce international, estime ainsi que «si le gouvernement cherchait à durcir le ton auprès de la Chine, voilà un bon prétexte». Car l'enjeu est de taille. Le montant des paiements par carte de crédit en Chine, lancés en 1985, a été multiplié par 26 depuis 2002 selon Terry Xie de Mercator Advisory, pour atteindre l'an passé (hors distributeurs de billets) quelque 4.930 milliards de yuans (540 milliards d'euros). Il pourrait selon l'analyste progresser de 70% d'ici 2012 à 8.400 milliards, ou, comme le souligne Bloomberg, près de la moitié du montant des transactions gérées par Visa en 2009. Adam Frisch chez Morgan Stanley considère ce marché comme «une immense opportunité à long terme».
En parallèle, UnionPay est présent au sein de 70 pays. «Le Monde est mon prochain objectif», a scandé son président Xu Luode en 2009.