Bilan macroéconomique

Vers un creusement des écarts de part et d'autre de l'Atlantique

- Le dynamisme du commerce international a permis aux principaux pays développés de confirmer leur retour sur le chemin de la croissance au premier semestre de 2010 - La priorité donnée à la réduction des dettes souveraines devrait néanmoins conduire la zone euro à une progression de l’activité beaucoup plus ténue qu’aux Etats-Unis

Par Caroline Durand le 23/07/2010 pour L'AGEFI Actifs

 
 

Illustration: Dave/Fotolia

Dans un contexte international porteur tiré par la demande des pays émergents, la reprise de la croissance aux Etats-Unis et en Europe s'est confirmée au premier semestre 2009 avec une accélération de la progression du PIB au deuxième trimestre dans les deux zones. Un constat qui reste cependant à nuancer dans la mesure où des pans de l'activité économique restent encore marqués par les effets de la crise financière. La reconstitution des stocks et les exportations ont été les principaux moteurs de cette reprise. En revanche, la demande interne s'est principalement tenue grâce aux stimuli budgétaires et aux politiques monétaires accommodantes de part et d'autre de l'Atlantique. Une reprise de la croissance qui apparaît somme toute encore fragile, en particulier dans la zone euro (lire le tableau).

Des signes d'essoufflement aux Etats-Unis...
« Bien que le rythme de croissance semble plutôt solide aux Etats-Unis, les indicateurs les plus avancés commencent à montrer une inflexion marquée même s'ils restent en territoire positif », observe Caroline Newhouse-Cohen, économiste chez BNP Paribas. Quelques chiffres décevants en juin - indicateurs PMI, emploi et confiance des ménages - ont fait naître des doutes sur la croissance américaine. Mais si les investisseurs craignent le risque d'une rechute marquée de l'activité (scénario en double dipou W), la plupart des économistes estiment qu'elle devrait se poursuivre. « Les Etats-Unis traversent vraisemblablement un trou d'air marquant le passage d'une reprise soutenue par le restockage des entreprises à des facteurs de croissance plus autonomes », confirme Laurence Boone, chef économiste chez Barclays Capital.

... qui ne devraient pas remettre en question la reprise.
Malgré les derniers chiffres américains résultant principalement de l'effet d'emplois saisonniers, le marché du travail s'améliore avec des créations d'emplois dans le secteur privé, ce qui devrait se traduire par un supplément de consommation. De plus, les entreprises ont recommencé à investir et leur taux de marge progresse. «  Dans cette reprise, le point faible est l'investissement résidentiel, note Caroline Newhouse-Cohen. Les transactions ont rechuté depuis l'expiration du crédit d'impôt aux accédants fin avril. Aussi l'investissement résidentiel devrait-il revenir à des niveaux plus faibles qu'au deuxième trimestre dans les mois à venir. »
Néanmoins, le gouvernement américain devrait globalement poursuivre sa politique budgétaire expansionniste au moins jusqu'aux élections de novembre et il est peu probable qu'il mette en place un plan de rigueur massif et brutal par la suite. Les ajustements budgétaires pour réduire la dette publique devrait plutôt se faire de manière graduée pour ne pas mettre en péril la croissance, estimée proche de 3 % pour 2010 et 2011. En revanche, le mauvais état des finances publiques locales reste un vrai sujet de préoccupation auquel le pays devra faire face.

De forts contrastes en Europe.
Comme l'ont illustré les marchés financiers ces dernières semaines, la situation économique de la zone euro soulève bien plus de craintes, en particulier au regard du poids des dettes souveraines. Ainsi, Caroline Newhouse-Cohen estime que « nous avons probablement vu le point haut de la reprise en Europe et nous nous acheminons vers un ralentissement du rythme de progression de l'activité lié à la mise en place des plans de consolidation des finances publiques qui a déjà un impact sur la confiance des chefs d'entreprise ».
La zone euro couvre néanmoins des situations très hétérogènes. Dans les pays de la périphérie (Espagne, Portugal et Grèce), lourdement handicapés par leur endettement public et privé, la dégradation de l'activité s'est poursuivie depuis le début de l'année et les mesures d'austérité annoncées pour réduire les déficits continueront de peser sur l'évolution du PIB qui devrait rester négative cette année et en 2011.
Les pays du centre (Allemagne, France et Italie), en revanche, s'en sont mieux sorti au premier semestre grâce aux exportations qui tirent la production industrielle, principalement en Allemagne. Ce contraste entre les pays de la zone euro se retrouve dans l'état du marché du travail. Ainsi, d'après le tableau de bord de juillet de Fidelity, « le taux de chômage dans l'ensemble de la zone a atteint des sommets sans précédent en avril, avec 15,86 millions (10,10 %) de personnes sans emploi [...] En Allemagne, le taux de chômage n'a cessé de se rétracter au cours des 11 derniers mois pour s'établir aujourd'hui à 7,7 %, son plus bas niveau en mai depuis 1992. A l'inverse, l'Espagne compte désormais près de 20 % de sa population active en recherche d'emploi. »


Un taux de change favorable aux exportations européennes...
Indicateurs avancés à l'appui, les économistes entrevoient un rythme de croissance moins élevé pour le second semestre dans l'ensemble de la zone qui devrait terminer l'année sur une progression du PIB de l'ordre de 1 %. Pas d'embellie à attendre du côté de la demande interne, la consommation privée devrait rester globalement atone et l'investissement des entreprises ne se reprendra que très lentement, celles-ci ayant encore des capacités de production excédentaires.
Les exportations resteront donc le principal moteur de la croissance, d'autant que le niveau de l'euro contre dollar, qui s'est déprécié de près de 16 % avec un point bas début juin à 1,19 dollars contre 1,50 dollars en novembre dernier, devrait rester faible pendant un moment d'après les spécialistes, améliorant ainsi la compétitivité-prix des entreprises exportatrices. « Nous estimons qu'une baisse de 10 % de l'euro, contribue, un an après, à une hausse de la croissance européenne de 0,4 % », relève Jean-Joseph Haas, président directeur général de Haas Gestion.

... contrebalancé par les mesures d'austérité.
La bonne tenue des exportations suffira-t-elle à compenser les efforts de réduction des déficits publics qui risquent de peser sur la demande interne ? Rien n'est moins sûr et, du coup, les prévisions de croissance pour 2011 dans la zone euro divergent entre les établissements. D'après BNP Paribas, les ajustements budgétaires représenteront environ 0,2 % du PIB de la zone euro en 2010 et plus de 1 % en 2011, ce qui a conduit la banque à revoir à la baisse son estimation de croissance à 0,6 % pour l'année prochaine. En France, les hypothèses de croissance retenues (2,5 % en moyenne) pour ramener le déficit public à 3 % du PIB en 2013 sont ainsi jugées peu réalistes (lire l'encadré).
De leur côté, les économistes anglo-saxons affichent plus d'optimisme. « Il faut regarder la situation dans son ensemble. Le niveau de l'euro et des taux d'intérêt sont de puissants facteurs de soutien de l'économie et le pic du chômage a lieu en ce moment. Si l'emploi repart, une petite progression du revenu disponible est envisageable et si les ajustements budgétaires sont bien expliqués pour restaurer la confiance, la consommation pourrait reprendre des couleurs au second semestre de cette année », explique Laurence Boone. Une réflexion qui conduit la chef économiste de Barclays à anticiper une progression de 2 % du PIB - supérieure au consensus - dans la zone euro en 2011.

Envoyer par mail
Imprimer cet article
Rétrécir le texte
Agrandir le texte

Illustrations

 
 
 
 

Réagir à cet article

 
Merci de vous identifier ou de vous inscrire pour réagir à cet article.

0 réaction(s)
 
 

Inscrivez-vous

Pour découvrir gratuitement L'AGEFI Quotidien, WikiFinance, les panels interactifs et notre espace communautaire sur www.agefi.fr

Déja inscrit(e) ou abonné(e) ? Identifiez vous

 

S’abonner gratuitement à la newsletter

 
 
 
 
Partenaires
Ishares
CPR Asset Management M&G Investments
 
 
 
 
 
 

Les événements de L'AGEFI

 
Le Cercle des Etats Majors - Mars 2012
lundi 12 mars 2012
 

 
 

Communautés

Derniers membres enregistrés
 
Liens commerciaux
L'AGEFI A VOTRE SERVICE