Tout est question de point de vue, nuance Frédéric Jamet, directeur de la gestion de State Street Global Advisors France (SSgA). Alors que la gestion active se résume par la conviction qu'il est possible de faire mieux que la moyenne des gérants, la gestion passive, dite indicielle, estime que le pari est quasiment impossible à tenir en raison de l'efficience des marchés. La solution prônée consiste à délivrer cette moyenne et ce à moindre coût. »
Selon les estimations, la gestion indicielle pèserait aux environs de 20 % de la gestion d'actifs dans le monde. Avec une large avance des Etats-Unis. Un concept qui s'est, au départ, laborieusement imposé en raison d'un certain manque d'attrait. « Cette approche peut apparaître insuffisamment séduisante pour certains investisseurs », confirme Frédéric Jamet. Pour autant, les pourfendeurs de la gestion active mettent en avant la difficulté de ses gérants à surperformer leur indice. Selon des données communiquées par Lipper et Vanguard Investments, sur dix ans à fin décembre 2008, dans l'univers « actions européennes », seuls 32 % des gérants actifs de fonds de petites, moyennes et grandes capitalisations parviennent à battre l'indice MSCI Europe.
L'ETF mais pas seulement
La gestion passive serait donc plus performante sur le long terme. Une idée qu'avaient en tête de nombreux investisseurs en cette période de crise qui a vu un transfert des actifs logés au sein de portefeuilles gérés activement vers des fonds indiciels réputés aussi plus transparents et fiables. Le gérant américain Vanguard Investments, qui en Europe ne vend que des OPCVM indiciels (mais pas d'ETF - exchange traded funds), reconnaît que 2008 constitue l'une des meilleures années de collecte depuis le début de sa décennie de présence sur le Vieux Continent. En France, l'an dernier, selon bfinance, sur les 8,6 milliards d'euros d'appels d'offres sur les actions, environ 2,6 milliards ont porté sur la gestion passive. « Si l'on exclut les appels d'offres du Fonds de réserve pour les retraites (FRR), 6,8 milliards d'euros en actions dont 1,6 milliard d'indiciel, la gestion 'benchmarkée' actions représentait pas moins de un milliard d'euros sur, au final... 1,8 milliard d'opérations, soit 55 % », comptabilise Muriel Nahmias, directrice des études de bfinance France.
Dernier argument sorti de la manche d'un gérant indiciel, ses homologues de la gestion active ont de plus en plus tendance, même ceux qui prônent le « stock-picking » (sélection de valeurs), à être quantitatifs. Autrement dit, à recourir à des modèles mathématiques, tout comme l'intégralité des fonds indiciels. « Par ailleurs, l'univers indiciel tend, lui, à se diversifier », explique Frédéric Jamet. Aux indices de marchés s'ajoutent des benchmarks « retravaillés ». Il peut s'agir d'indices thématiques ou encore d'indices dont la pondération n'est pas fondée sur la capitalisation : « La capitalisation n'est pas le critère de sélection, car l'on tient compte ici, par exemple, de données comptables de l'entreprise », illustre Frédéric Jamet. Et puis il y a des indices qui imitent le « non-indiciel »... Cela peut être un benchmark de gestion active où sont repris l'ensemble des fonds actifs d'une catégorie d'OPCVM. Illustration de ce qui pourrait être le mariage de la carpe et du lapin, le « clonage » de la gestion alternative. Société Générale Asset Management (SGAM) a été l'un des premiers établissements à lancer un produit qui réplique la performance des fonds alternatifs.
En août 2007, le gestionnaire commercialise le fonds SGAM AI T-Rex Fund qui reproduit synthétiquement l'indice large HFRI de Hedge Funds Research (HFR), constitué de pas moins de 2.000 fonds. Un an plus tard, State Street Global Advisors (SSgA) lance également son fonds de réplication de fonds alternatifs. Mais au lieu de dupliquer un indice représentatif de leur univers, SSgA choisit de constituer un panel de 200 fonds environ, sélectionnés en fonction de leurs stratégies d'investissement très décorrélées les unes des autres. Le gérant de portefeuille délivre ce qui a été nommé en interne le beta « exotique », au travers d'instruments de marché très liquides. Il synthétise les expositions prises par les hedge funds via des titres vifs mais aussi des dérivés tels que des futures, des options et des swaps...
L'innovation a aussi infiltré les rangs des ETF qui ont connu une évolution galopante ces dernières années. Selon iShares, l'un des leaders mondiaux des trackers (filiale de Barclays Global Investors - BGI - en cours de cession à CVC Capital Partners), la collecte nette en ETF en Europe s'est élevée à 55,7 milliards d'euros en 2008, soit quasiment le triple de celle de 2007 (18 milliards d'euros).
Fonds indiciels cotés, les quelque 1.600 trackers répertoriés partout en Europe ont remporté les suffrages des investisseurs institutionnels comme des particuliers. « Leurs frais de gestion comme leur 'tracking error' (déviation vis-à-vis de l'indice) sont inférieurs à ceux des OPCVM indiciels », compare Olivier Gentier, responsable marketing et vente des produits de Bourse au sein de Société Générale. Un écart qu'il explique par des coûts de frottements moins élevés. Dans un fonds indiciel, les entrées et sorties des souscripteurs doivent être traitées chaque matin tandis que ces fluctuations sont lissées au fil de la journée dans le cadre de trackers grâce à leur cotation en continu. « Par ailleurs, les ETF optimisent le coût de la réplication en gérant plus efficacement les ajustements liés à la vie des valeurs sous-jacentes, c'est ce que l'on appelle les opérations sur titres (OST) que sont les distributions de dividendes exceptionnels, les éventuelles OPA... », poursuit-il. Des structures de coûts globalement moins élevées du côté des ETF parachèvent ce qui est estimé être déterminant dans la pertinence de cet outil coté.
ETF, ETC, CFD, les faux frères
C'est d'ailleurs cet aspect qui a poussé Régis Yancovici, directeur général délégué d'Efigest AM, à mettre en place la toute première offre de fonds d'ETF. Multigestionnaire, ce fonds de fonds est adossé non pas à des OPCVM classiques mais à des trackers. « Ces supports nous procurent un accès fidèle à la quasi-totalité des thématiques d'investissement, développe-t-il. De plus, contrairement à un FCP ou une Sicav diversifiés 'classiques' qui ont tendance à avoir un biais de surexposition sur leur marché local, par nature mieux appréhendé par leur gérant, l'utilisation des ETF nous permet de mettre en œuvre une vraie diversification, avec une multitude d'accès aux places boursières ou à des univers d'investissements atypiques. » Mais l'avantage du fonds coté tient également à sa flexibilité et notamment à sa cotation en continu. Ou quasiment. « Si je souhaite prendre une position sur le marché brésilien après la fermeture d'Euronext, je peux acheter un 'tracker' coté aux Etats-Unis au-delà de la plage horaire française, tandis que toute passation d'ordre sur un OPCVM non coté nous ferait traiter sur une valeur liquidative connue à J+2 », insiste Régis Yancovici.
L'ETF est devenu le cœur de bien des attentions. Et des lancements. En témoignent, il y a quelques semaines, la création par ETF Securities de ETF Exchange, la toute première plate-forme mondiale de trackers, ou plus récemment l'initiative conjointe de Bank of America Merrill Lynch, Goldman Sachs et Morgan Stanley avec la mise sur pied de Source, une plate-forme qui offre déjà l'accès à treize ETF et... vingt-deux ETC (exchange traded commodities). Ce dernier véhicule, parfois comparé à un ETF, est dans les faits une obligation à zéro coupon. Il permet de suivre une seule matière première, ce que n'offre pas l'OPCVM qu'il soit coté ou non, car soumis à la règle de diversification des 5/10/40. « Il est réglementairement imposé qu'un fonds ne puisse pas détenir plus de 5 % d'une même action, sauf exception où ce seuil atteint les 10 %, retrace Olivier Gentier. Dans tous les cas, la somme de ces exceptions ne peut excéder 40 % de l'actif sous gestion. Ce qui impose un minimum de seize valeurs dans un OPCVM. »
Si les fonds cotés sont donc particulièrement recherchés par les gérants de portefeuille dans leur allocation tactique, certains penchent aussi pour le recours aux contrats à terme (futures). Contrat négocié sur un marché organisé ou de gré à gré, le future permet de s'assurer ou de s'engager sur un prix pour une quantité déterminée d'un produit donné (un indice, par exemple) à une date future. Dépourvu de frais de gestion, contrairement à un tracker, il ne bénéficie cependant pas du cadre protecteur de l'OPCVM et certaines sociétés de gestion ne s'autorisent pas son utilisation. Néanmoins, les contrats à terme, tous sous-jacents confondus, sont les instruments financiers les plus traités au monde.
Ainsi, les déclinaisons passives sont des plus fournies (lire l'encadré) pour les promoteurs indiciels qui nourrissent pour cette philosophie de gestion de grands projets. « Devant la très grande difficulté à conseiller les salariés dans leur allocation d'actifs en vue de la préparation de leur retraite, cette approche a incontestablement un rôle à jouer en matière d'épargne salariale, estime Guy Parent, responsable développement pour la France de Vanguard Investments. Ses performances sont facilement lisibles et la communication avec les salariés d'autant plus aisée. » Indicateur de tendance, le FRR, n'a pas hésité à exposer son portefeuille à hauteur de 65 % en gestion indicielle.