ETF

Un marché de plus en plus concurrentiel

En forte croissance en Europe, le secteur attire toujours plus d’émetteurs aux stratégies souvent divergentes.

Par Agnès Lambert le 11/02/2010 pour L'AGEFI Hebdo

 
 


Des taux de croissance à faire pâlir d'envie les sociétés de gestion traditionnelles : le marché européen des ETF (exchange traded funds) affiche en effet une hausse de 57 % au titre de l'an dernier (lire aussi page 30), portant ses encours à 223,5 milliards de dollars à fin décembre 2009 (rapport BlackRock).

Parallèlement au développement de la demande, l'offre s'est accrue sous le double effet de l'arrivée successive de nouveaux acteurs, comme Source en 2009, et de l'élargissement considérable des gammes des fournisseurs historiques. Le marché européen est aujourd'hui dominé par iShares (ex-Barclays, aujourd'hui BlackRock), fort d'une part de marché de 40 %, suivi par Lyxor (Société Générale, 21 %) et db x-trackers (Deutsche Bank, 17 %). Au total, une vingtaine d'acteurs se disputent le marché, mais seuls la moitié d'entre eux dépassent les 2 milliards d'euros d'actifs sous gestion.

Dans cet environnement de plus en plus concurrentiel, chaque émetteur tente de se différencier. Le type de réplication (physique ou synthétique), la clientèle visée, la politique de frais de gestion, les conditions de liquidité, l'innovation produit sont autant d'éléments stratégiques mis en avant par les émetteurs dans cette course à la taille.

La liquidité, un critère de choix

Les trois leaders du marché affichent certes des spécificités différentes, mais ont pour point commun de développer des gammes très larges, couvrant toutes les classes d'actifs, y compris les plus exotiques. iShares compte aujourd'hui plus de 170 produits, contre 167 pour Lyxor et 127 pour db x-trackers. Passé de Barclays à BlackRock en 2009, iShares se distingue par une offre centrée sur la réplication physique (la détention en portefeuille de tous les titres composant l'indice de référence), héritage de sa position de leader du secteur aux Etats-Unis, marché spécialisé sur ce type de réplication.

Mais le critère de choix, pour le client, n'est pas tant le mode de réplication que la véritable liquidité des produits. « Depuis l'an dernier, les clients sont beaucoup plus attentifs aux conditions de liquidité. N'étant pas lié à une banque d'investissement, iShares travaille avec une cinquantaine de 'markets makers' (teneurs de marché, NDLR) en Europe, ce qui garantit aux clients des 'spreads' très serrés sur nos produits, explique Nizam Hamid, directeur de la stratégie Europe chez iShares. C'est un atout considérable par rapport au reste du marché. » Le leader a collecté 10,9 milliards d'euros en Europe en 2009.


Les deux concurrents d'iShares, Lyxor et db x-trackers, affichent une stratégie différente puisque basée sur la réplication synthétique à base de swaps. Lyxor a, depuis le lancement de son tracker sur le CAC 40 en janvier 2001 sur Nyse Euronext, toujours visé à la fois les clients institutionnels et les particuliers, contrairement à iShares, davantage centré sur les institutionnels en Europe.

Cette double orientation distingue la filiale de Société Générale de la majorité de ses concurrents, dans un marché dominé par les institutionnels. « Nous sommes convaincus depuis l'origine que le 'tracker' est un produit idéal pour les particuliers grâce à sa liquidité en Bourse et nous mettons tout en place pour leur expliquer », souligne Isabelle Bourcier, responsable monde des ETF pour Lyxor. La filiale de Société Générale met d'ailleurs l'accent sur la liquidité de ses produits en Bourse, et pas seulement hors marché (OTC) pour les investisseurs institutionnels. Ainsi, pour sa part, Lyxor a collecté 7,9 milliards d'euros l'an dernier.


De son côté, db x-trackers est très présent sur le marché des particuliers en Allemagne, mais beaucoup moins dans les autres pays européens. Dès mai 2007, db x-trackers a été le premier à proposer un tracker monétaire, dont le succès a été immédiat compte tenu de la défiance généralisée des investisseurs pour le risque à cette époque. Plus récemment, db x-trackers a frappé fort en mars 2009 en supprimant les frais de gestion sur son ETF sur le DJ EuroStoxx 50. « De nombreux clients institutionnels ont le choix entre un mandat indiciel et un ETF, explique Thorsten Michalik, responsable monde de db x-trackers. Jusqu'à présent, les mandats étaient bien moins chargés en frais de gestion. Désormais, ils n'ont plus de raison de ne pas utiliser l'ETF. » Ce produit a recueilli à lui seul 1 milliard d'euros en 2009, portant la collecte nette de la plate-forme sur l'année à 6,5 milliards d'euros.


Le niveau des frais de gestion n'est pourtant pas considéré comme un élément stratégique par tous les émetteurs, qui se fondent plutôt sur la taille de la fourchette achat-vente pour évaluer le coût réel d'un tracker. Parmi les acteurs de taille plus modeste, CASAM (groupe Amundi) a lui aussi une politique agressive en matière de frais de gestion. « En moyenne, nous nous positionnons systématiquement 20 % en dessous des autres ETF du marché, affirme Valérie Baudson, directrice de CASAM ETF, spécialisé dans la réplication synthétique. Nous cherchons aussi à nous différencier en lançant des produits encore inédits en Europe, comme nous l'avons fait en janvier avec des EFT 'short' sur indices obligataires. » Centré pour l'instant sur le marché français, CASAM entend passer à la vitesse supérieure en ce qui concerne son développement en 2010, en s'attaquant aux autres marchés européens, en particulier l'Italie, la Suisse, l'Allemagne et le Benelux. Les encours ont plus que doublé l'an dernier pour atteindre 3,4 milliards d'euros sur 78 produits.


Mais l'élément marquant de ces derniers mois sur le marché des ETF reste la création de Source, en avril 2009, par Bank of America Merrill Lynch, Goldman Sachs et Morgan Stanley. Neuf mois après son lancement, Source compte 69 produits pour un encours de 1,97 milliard d'euros fin 2009 (2,6 milliards d'euros à fin janvier 2010).


Présents sur les indices clés


Radicalement différent de ses concurrents, Source parie sur la réduction du risque de contrepartie en répartissant les swaps à l'origine de la réplication synthétique sur les banques d'investissement partenaires. Les trois fondateurs ont été rejoints par Nomura et, le 1
erfévrier 2010, par JPMorgan, désormais tous deux au capital de Source, et faisant également office de contreparties pour les produits. « Notre stratégie n'est pas d'offrir la gamme la plus large du marché, mais d'être présents sur les indices clés répondant à une véritable demande de nos clients, et qui apportent une réelle nouveauté par rapport aux produits existants, comme avec nos ETF sectoriels européens et américains », confie Ludovic Djebali, responsable de la vente institutionnelle France et Benelux. Là encore, l'innovation semble être la clé du succès. En revanche, le modèle de Source relègue au second plan la société de gestion, totalement indépendante du groupe.


A l'inverse, BNP Paribas place la gestion au centre de son modèle sur les ETF. Ceux-ci sont intégrés à l'offre du groupe en matière de gestion passive. « L'expertise de gestion est notre point fort. Pour chaque ETF, nous choisissons le mode de réplication, physique ou synthétique, en fonction du sous-jacent », indique Danièle Tohmé-Adet, responsable du développement EasyETF et fonds indiciels de BNP Paribas IP. Les Easy ETF totalisent 4,3 milliards d'euros d'encours, ce qui les place aujourd'hui en sixième position.


Une poignée d'autres acteurs de taille plus modeste se disputent le marché européen, comme Invesco PowerShares, BBVA ou State Street. Notons aussi l'arrivée de HSBC en août 2009 au Royaume-Uni, puis en décembre 2009 en France, dont les encours atteignent 60 millions d'euros sur trois produits. La banque vise avant tout une distribution de ses ETF en interne : « Nos ETF sont des briques pour l'allocation d'actifs. Notre cible de clientèle prioritaire est celle du groupe : particuliers ou institutionnels clients de notre offre de courtage, clients en gestion de patrimoine ou en banque privée, ou encore les fonds gérés par HSBC Global Asset Management », explique Remi Bourrette, directeur du développement au sein de HSBC Global Markets.

Objectif de HSBC : lancer une trentaine d'ETF cette année et commencer à les proposer à l'extérieur du groupe.

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