Il ne suffit pas d'avoir une bonne idée, il faut aussi réussir à la vendre. Les premiers produits labellisés sous la marque UFG-LFP en ont fait les frais. Deux fonds obligataires, LFP Opticourbe Performance et sa version sécurisée LFP Opticourbe Sérénité, dont les performances sont liées au maintien de la politique de taux bas de la Banque centrale européenne, n'ont collecté qu'un peu plus de 100 millions d'euros alors que leur potentiel était évalué à... un milliard.
Le timing de lancement était pourtant parfait et la cible de clients, uniquement des institutionnels, est censée très bien comprendre les mécanismes mis en oeuvre. D'où provient cette difficulté à vendre massivement ce produit ?
Mécanisme complexe.
En premier lieu, le mode de fonctionnement de ces deux fonds, s'il est aujourd'hui efficace, se révèle assez peu intuitif. A l'origine, le produit a été conçu à la demande d'institutionnels qui ne pouvaient se satisfaire des taux très faibles du monétaire et qui ne désiraient pas allonger la durée de leurs placements à 10 ans pour profiter d'un rendement supplémentaire. La solution, pour le gestionnaire, a été de mettre en place un système d'échange de performance (un swapde taux) lui permettant de toucher trois fois la performance de l'échéance trois ans en payant, en retour, deux fois l'Euribor 3 mois. « La stratégie de courbe mise en oeuvre consiste à prêter à taux fixe à hauteur de trois fois l'actif net du fonds et emprunter à taux variable à hauteur de deux fois son actif net », précise le gérant. Le gestionnaire profite donc du très faible taux de l'Euribor qu'il emprunte pour toucher le portage des taux à trois ans.
Dans le cas d'une stabilité des taux d'intérêt, et selon les simulations de UFG-LFP, le fonds rapportera à l'investisseur une performance annualisée à son échéance de 2,64 %, contre un Euribor 3 mois à 0,65 % et un portefeuille obligataire à échéance 3 ans à 1,41 %.
Un produit pour investisseurs actifs.
Ces techniques d'arbitrage de courbe sont souvent utilisées par les comptes propres des banques, mais assez peu commercialisées par le bais d'OPCVM centrés sur cette stratégie. « Ce produit peut s'apparenter, dans son utilisation, à une obligation synthétique, explique le gérant. Les souscripteurs ne doivent pas hésiter à entrer ou à en sortir si les conditions de marché se dégradent ».
En effet, le fonds présente une échéance de trois ans et son rendement varie bien dans le cas d'une modification de la politique monétaire des banques centrales. Si les taux courts augmentent, le coût de l'échange de performance entre les taux fixes et variables augmentera également, pénalisant ainsi l'investisseur.
Pour pallier ce risque, UFG-LFP a donc créé une version sécurisée de son fonds avec un mécanisme permettant de compenser l'impact négatif d'une montée trop importante des taux de l'Euribor contre l'abandon d'une partie de la performance. « C'est ce produit sécurisé que nous pensions commercialiser le plus activement», confie le gestionnaire.
Lisibilité réduite.
Malgré les avantages que peuvent présenter ces fonds dans les conditions actuelles de marché, ils n'ont finalement pas rencontré le succès escompté. La raison de cette relative déception ? La difficulté à placer ce type d'offre. Trop complexe pour qu'un conseiller indépendant puisse le vendre à un client particulier - les deux versions de LFP Opticourbe n'ont d'ailleurs pas été mises en avant pour les partenaires CGPI du gestionnaire - et trop difficile à intégrer dans une allocation pour un institutionnel car n'étant ni un pur produit monétaire - avec les exigences de maturité des emprunts d'Etat dans le fonds que cela implique -, ni un pur produit obligataire puisqu'il supporte des risques de contrepartie inhérents au système d'échange de performance.