Un environnement porteur pour les indices " charia compatibles "

Ces instruments ont bien mieux résisté à la crise que les indices traditionnels. Pour autant, leur développement en Europe reste incertain.

Par Xavier Diaz et Thierry Zakhia le 11/06/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 


Sans conteste, la crise a apporté un nouvel éclairage sur les indices « charia compatibles ». En effet, du fait de l'exclusion des valeurs bancaires, ils ont bien mieux résisté. « Les indices islamiques ont clairement surperformé les indices de référence mondiaux depuis une dizaine d'années, relève Danièle Tohme-Adet, responsable du développement des fonds indiciels chez BNP Paribas AM plate-forme EasyETF. Ainsi, alors que le DJ Islamic Market Titans 100 a procuré un rendement moyen annualisé de 5,6 % depuis 1996, celui de l'indice DJ World n'a été que de 1,6 %. » Outre le filtre charia, les indices islamiques ont aussi bénéficié d'une pondération plus forte de certains secteurs. « Dans le cas de l'indice, les secteurs de l'énergie, de la technologie et de la santé sont surreprésentés par rapport à un indice classique ce qui a été très favorable pendant la crise », poursuit Danièle Tohme-Adet.


Un profil « sain »

De ce fait, l'appétit pour ces indices a dépassé la clientèle traditionnelle. « L'intérêt premier est venu du Moyen-Orient lorsque nous avons commencé, explique Deborah Ciervo, directrice senior marchés et produits internationaux chez Dow Jones Indexes. Mais depuis quelques années, l'Asie connaît une croissance forte, ce qui nous a poussés à lancer des produits basés sur ces marchés spécifiquement pour les satisfaire. » Toutefois, les investisseurs non musulmans peuvent également y trouver leur compte « puisque ces ETF sont pour eux un moyen aisé de gérer le risque en investissant de manière globale dans une région, tout en n'ayant pas d'exposition aux valeurs financières », note Nizam Hamid, directeur stratégie des ventes d'iShares en Europe. Un point de vue partagé par EasyETF. « Rapidement, nous nous sommes aperçu que ce type de fonds, au profil 'sain', comme le DJ Islamic Market Titans 100, intéressait des investisseurs éthiques, voire des investisseurs qui recherchaient une exposition globale tout en excluant les banques et le risque 'subprime' », remarque Danièle Tohme-Adet.

Pour autant, tout peut-il être accommodé à la sauce charia ? Dow Jones a une approche extensive de cette problématique. « Nous avons été les premiers à lancer une gamme d'indices islamiques en 1999, rappelle Deborah Ciervo. Celle-ci s'est très largement étoffée et compte aujourd'hui plus de 100 indices (régionaux ou sectoriels), couvrant plus de cinquante pays et totalisant plus de 7 milliards de dollars investis sur ces indices. Nous étudions plusieurs projets pour lancer des versions 'charia compatibles' d'indices nationaux européens, mais aucune décision n'a encore été prise. » La question se pose également en France puisque, dès le lancement des démarches pour le développement de la finance islamique dans l'Hexagone, Paris Europlace a insisté sur la nécessité de créer un indice « charia compatible » sur la place de Paris. Même si Euronext s'est penché sur le sujet, il estime qu'il est encore trop tôt pour en parler.

Etudier la demande

Le lancement d'un tel indice est plus problématique qu'on pourrait le penser. Se pose d'abord la question de sa pertinence sachant que les financières pèsent d'un poids important à Paris (près de 1/5edu CAC 40). Par ailleurs, il n'est pas évident qu'il y ait une réelle demande. « La création d'un indice islamique basé sur les seules sociétés du CAC 40, par exemple, ne nous paraîtrait pas justifiée, expose Danièle Tohme Adet. En effet, les indices géographiques ne nous semblent intéressants que dans les cas où la charia s'applique et où on peut donc développer des produits répondant à une demande spécifique. En revanche, lorsque les demandes émanent d'investisseurs globaux, ils préfèrent jouer des indices les plus larges possibles. » Même son de cloche chez iShares. « Il est actuellement difficile de savoir s'il y aura une demande particulière pour un indice compatible avec la charia basé sur un seul pays, ajoute Nizam Hamid. Les investisseurs préfèrent les indices plus larges. Notre offre est suffisante pour le moment, pour des investisseurs cherchant une exposition globale. Nous pourrions peut-être à l'avenir lancer d'autres produits mais l'effort doit actuellement être consenti surtout pour sensibiliser les investisseurs aux avantages de ces produits. » Enfin, le moment pourrait ne plus être favorable car il n'est pas évident aujourd'hui que des investisseurs non musulmans veuillent bouder le secteur financier en pleine reprise de ce dernier.


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