Un CDO structuré par le Crédit Agricole va être liquidé

Millstone IV avait émis en mai 2007 plus de 2 milliards de dollars d'obligations. Une transaction qui vaut à la banque verte un litige avec IKB

Par Alexandre Garabedian le 13/07/2010 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

Trois ans après l'explosion des produits structurés de type CDO, banques et investisseurs n'en finissent pas de solder l'héritage. Millstone IV, un CDO (collateralized debt obligation) créé en 2007 par la banque d'investissement du Crédit Agricole, va liquider ses actifs la semaine prochaine. Les liquidateurs du véhicule, Cowen et BNY Mellon, ont appelé les investisseurs à exprimer leurs marques d'intérêt pour la mise aux enchères de six lots, les 19 et 20 juillet.

Calyon, rebaptisé depuis CA CIB, a vendu les parts de Millstone IV en mai 2007, quelques semaines avant que la crise du subprime ne mette un coup d'arrêt à ces opérations. Basé aux Iles Caïmans et géré par un spécialiste américain de la titrisation, Church Tavern Advisors, le véhicule a émis pour près de 2,2 milliards de dollars d'obligations à 40 ans, presque toutes notées «Aaa» par Moody's.

Six mois plus tard, Millstone faisait défaut. Et pour cause: un tiers du CDO, environ 730 millions, était investi en titrisations de prêts immobiliers subprime. Le reste du portefeuille est constitué à ce jour de RMBS américains de qualité prime ou intermédiaire (Alt-A) à hauteur de 650 millions, de RMBS second lien (120 millions), de titrisations d'immobilier commercial (250 millions), et pour pimenter le tout, de 151,5 millions de CDO d'ABS. Ces montants, issus du document de liquidation publié le 9 juillet par BNY Mellon, s'entendent en valeur nominale. Les enchères devraient fixer des prix forcément très inférieurs.

«Le marché des prêts immobiliers subprime a connu récemment des taux croissants d'arriérés de paiement et de défaut, et l'on ne peut pas garantir que cela ne continue pas», prévenait, bon prince, Millstone IV dans sa notice d'émission de 2007. Cela n'a pas empêché deux véhicules d'investissement, Loreley Financing 31 et 32, de poursuivre le mois dernier le Crédit Agricole devant la justice new-yorkaise pour fraude. Peut-être encouragés par l'offensive du régulateur américain contre Goldman Sachs et les structureurs de CDO, les plaignants réclament 100 millions de dollars, dont la moitié en dommages et intérêts.

Détail croustillant: derrière ces sociétés se cache la banque allemande IKB, l'une des principales victimes de la bulle des CDO. L'établissement n'en est d'ailleurs pas à son premier litige avec CA CIB sur ce type de transactions. Le Crédit Agricole, lui, préfère rester muet.

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