Les causes d'une crise sont souvent à rechercher du côté des remèdes apportés à la crise précédente. La récession de 2001 trouvait son origine dans un nettoyage des bilans des firmes américaines après plusieurs années d'endettement excessif. Pour compenser l'effort d'épargne des entreprises et ses effets négatifs sur les salaires et l'emploi, les autorités américaines ont créé les conditions d'une désépargne massive des ménages. Dans le même temps, les banques déplaçaient leur offre de crédit vers ces derniers en réponse à la baisse du besoin de financement des entreprises. Le taux d'épargne des ménages est resté sous la barre de 2 % du premier trimestre 2005 au premier trimestre 2008 sous l'effet de taux d'intérêt très bas et de l'assouplissement de l'accès au crédit.
Symétriquement, le durcissement des conditions de crédit, dans le sillage de la crise financière, associé à la montée des encaisses de précaution dans un contexte de hausse du chômage, a porté le taux d'épargne à 6,9 % en mai 2009, le plus haut depuis 1993. Cela est souhaitable du point de vue de la soutenabilité du modèle de croissance américain, mais c'est aussi l'une des raisons de la lenteur de la reprise aux Etats-Unis. En effet, la remontée du taux d'épargne réduit l'impact des relances budgétaires. Les Etats-Unis étaient devenus le « consommateur en dernier ressort » de l'économie mondiale. Les pays qui avaient fondé leur stratégie économique sur les exportations doivent désormais vivre avec des ménages américains plus frugaux et stimuler leur propre demande intérieure. La faiblesse de l'épargne aux Etats-Unis n'était pas un dysfonctionnement purement domestique mais aussi le symptôme d'un déséquilibre global de l'économie mondiale.