Succès de la première émission obligataire socialement responsable

La région Nord-Pas-de-Calais a mené à bien cette opération inédite, obtenant au passage des conditions tout à fait satisfaisantes.

Par Frédérique Garrouste le 15/01/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

Sur les marchés, le label « socialement responsable » n'est plus une simple étiquette. Sous ce thème, la région Nord-Pas-de-Calais vient en effet de réaliser une émission obligataire à des conditions particulièrement favorables. Il s'agissait pourtant d'une première : « Les investissements ISR sont réalisés essentiellement via des fonds qui investissent dans des entreprises cotées respectueuses de l'environnement et de leurs salariés, précise Nicolas Vanhille, membre de l'équipe d'origination obligataire chez Dexia. Cette émission obligataire est en quelque sorte un nouveau produit du marché ISR qui répond à une demande toujours plus présente des investisseurs institutionnels. »

En lançant un emprunt obligataire ISR, la région Nord-Pas-de-Calais a donc innové, en vue, d'abord, de poursuivre sous l'angle financier une constante de sa politique, axée sur le critère du développement durable, qu'il s'agisse des transports, des bâtiments, de la reconversion de sites industriels... « En outre, cette opération allait nous permettre de diversifier nos sources de financement, indique Sarah Ascher, responsable de la gestion de la dette à la région Nord-Pas-de-Calais. La perspective d'un emprunt obligataire ISR est devenue d'autant plus attrayante en 2008 que le crédit bancaire s'est fortement renchéri - nos marges auraient atteint une centaine de points de base (pb). »

Une sélectivité accrue

Réaliser une émission ISR signifiait décliner ce label sur toute la chaîne de la transaction. « Pour sélectionner les arrangeurs, nous avons notamment regardé leur notation extra-financière, un exercice délicat car il s'agit d'un univers moins homogène que celui de la notation financière, poursuit Sarah Ascher. Mais en étudiant également par nous-mêmes les profils des banques, nous sommes parvenus à nous forger une opinion. »

Pour finir, la région a retenu Dexia, son partenaire de longue date et premier créancier, et HSBC, autre banque très engagée sur le thème de l'environnement. « Par la suite, les investisseurs allaient être également sollicités en fonction de leur démarche éthique, qu'elle soit mise en évidence par une notation extra-financière ou par leur activité même, comme dans le cas des mutuelles et caisses de retraite », ajoute Sarah Ascher.

Un effet rareté

La région elle-même a dû se prêter à un travail important de conviction pour obtenir un financement compétitif. Elle disposait certes d'une notation financière favorable, AA- par Standard & Poor's, ainsi que d'une notation extra-financière élevée, au niveau de AA+, selon l'agence spécialisée BMJ Rating. Mais les investisseurs attendaient aussi que la région démontre le lien entre l'émission ISR et sa politique à long terme sur ce thème. « Il a fallu répondre aux questions des investisseurs, mettre à leur disposition une documentation répondant à leurs attentes et établir une relation de confiance, indique Jérôme Pellet, à l'origination secteur public chez HSBC. La région a ainsi pu toucher des fonds spécialisés ISR, des assureurs et des mutuelles à la fois français et européens. »

L'opération a été menée à bien en dépit de conditions difficiles, à commencer par un calendrier étroit : l'emprunt s'est déroulé sur les derniers mois de l'année, alors que la chute de Lehman Brothers, mi-septembre, et le blocage du marché qui s'en est suivi pendant plusieurs semaines, avaient entraîné un certain afflux d'émetteurs. Or, comme la région n'avait pas effectué d'émission depuis trois ans, son nom était peu connu des investisseurs. « Le résultat final s'est tout de même révélé favorable, avec une opération longue, sur quinze ans, à un prix relativement concurrentiel de 70 pb, soit environ 30 pb de moins que les marges récemment observées pour l'émission obligataire groupée des Collectivités Territoriales de France », explique Nicolas Vanhille.

En fait, le thème ISR s'est révélé un facteur positif. « Il a permis de faire jouer l'effet rareté et de faciliter les discussions sur le prix, indique Jérôme Pellet. Le thème ISR permet de toucher des poches de placements supplémentaires, de gros fonds spécialisés trouvant difficilement, actuellement, les papiers ISR où s'investir. » Il est vrai aussi que la région n'avait prévu de lever que 50 millions d'euros. Le succès de l'opération l'amène à prévoir d'ores et déjà une autre émission ISR l'an prochain...

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