Les OPCVM actions et diversifiés ont eu beaucoup de mal à limiter les pertes, reculant en 2008 respectivement de 41,11 % et de 19,10 %, d'après EuroPerformance. Seuls trois fonds actions ont terminé l'année dans le vert (en dehors de quelques ETF - exchange traded funds - « short », dont la vocation est de répliquer la performance inverse d'un indice). Ces trois fonds sont investis sur la Bourse japonaise, qui a pourtant plongé d'environ 45 %, et ils ont donc bénéficié d'un effet change positif, le yen s'étant apprécié de près de 22 % vis-à-vis de l'euro.
Cependant, SGAM AI Equisys Japan se distingue de ses homologues avec une performance en euros de +12,59 % (plus de 8 points au-dessus du deuxième). Géré à Paris par SGAM AI, il a adopté une approche quantitative, mais surtout aussi une stratégie de couverture des risques de marchés via des futures sur le Topix, l'indice large de la Bourse de Tokyo. La sélection des titres s'appuie sur des modèles quantitatifs, qui combinent les approches « value » (recherche des entreprises décotées) et « growth » (recherche des sociétés à fort potentiel de croissance). L'univers d'investissement comprend 350 titres et, in fine, 100 composent le portefeuille, avec une répartition équipondérée (1 % chacun). Par ailleurs, une analyse de l'évolution de l'indice (entre autres à travers des moyennes mobiles, qui évaluent régulièrement la progression du marché sur une période donnée) permet de déceler des tendances baissières ou haussières et ainsi de décider l'importance de la couverture : l'exposition au marché peut être de 100 %, 40 % ou 0 %. En 2008, le fonds était couvert en permanence, à hauteur de 40 % au minimum. « Ainsi, outre le choix des valeurs, nous prenons la responsabilité de l'allocation d'actifs », commente Franck Vivier, directeur de la gestion systématique de SGAM AI. SGAM place un deuxième fonds actions japonaises dans le trio de tête des fonds actions. Géré depuis Singapour, il se concentre sur les titres sous-évalués. Il a bénéficié de son positionnement sur des petites capitalisations, qui ont moins souffert des cessions opérées par les investisseurs étrangers sur la Bourse de Tokyo.
Effet devise
Le classement 2008 des fonds actions les plus performants se caractérise aussi par la présence de plusieurs fonds sectoriels, santé et environnement. Le premier d'entre eux, Franklin Biotechnology Discovery Fund, géré en Californie, se concentre sur les titres américains, à hauteur de plus de 90 % de son portefeuille. Il a aussi bénéficié d'un effet devise, puisque sa performance en dollars (-7,64 %) est plus faible que sa performance en euros (-2,57 %). Il a cependant bien surperformé son marché puisque l'indice Nasdaq Biotechnology a, lui, reculé de 12,63 % l'an dernier.
Mais les grands absents du « Top 10 » des fonds actions sont les fonds zone euro. En moyenne, ils ont reculé de 42,70 % en 2008. Un seul émerge, à la 9eplace : Ofi Prim'KappaStocks est géré par une société de gestion française indépendante, Prim'Alternative (liée à Ofi AM par un accord de distribution pour ce FCP ). Le fonds est dans la catégorie « diversifiés » de l'AMF (Autorité des marchés financiers), il intervient exclusivement via des contrats à terme cotés sur indices actions (futures), ce qui lui permet d'avoir une allocation très flexible, qui peut aller ainsi de -100 % à +100 % de l'actif du fonds. Le produit a donc la possibilité d'avoir dans certains cas une position vendeuse. En pratique, Prim'Alternative construit le portefeuille autour de 5 indices (l'EuroStoxx 50, le CAC 40, le DAX 30, le SMI et l'Ibex), ainsi que trois horizons de temps (3, 6 et 9 mois). La stratégie est systématique, c'est-à-dire fondée sur des modèles statistiques. Sur ces différents segments (indices et horizons de temps), la gestion sera active ou indicielle, selon le contexte de marché. Les indicateurs utilisés sont des indicateurs de tendance (moyennes mobiles) et de volatilité. « Nous observons les accélérations de marché, les fluctuations de cours par unité de temps, indique Médéric de Vasselot , président de Prim'Alternative. Mais nous ne travaillons pas en 'intraday', nous conservons la position toute la journée, à moins que l'on atteigne la perte maximale autorisée. » L'année 2008 a bien entendu été particulièrement atypique. « En 2007, nous avons accompagné la fin d'un mouvement haussier et avons ainsi eu le plus souvent une majorité de positions indicielles, précise le gérant. Mais dès janvier 2008 et les à-coups liés à l'affaire Kerviel, notre gestion, dite en Kappa, a basculé en mode actif. » Cependant, à la faveur du rebond technique du printemps, deux tiers du portefeuille sont passés en gestion passive, en privilégiant d'abord les horizons de temps les plus courts. Enfin, assez naturellement, la gestion active a été privilégiée depuis les événements de mi-septembre. In fine, ces paris ont permis au fonds d'amortir la chute des Bourses européennes, avec un recul de 8,69 % sur l'année, contre -44,28 % pour l'EuroStoxx 50.
Côté fonds diversifiés, là aussi, quelques stratégies phares se détachent. Mais c'est surtout l'exposition à la volatilité qui s'est avérée gagnante en 2008. Elle a considérablement augmenté sur les Bourses l'an dernier et sept des dix premiers fonds diversifiés ont cette spécialité. Tout en haut du classement figure, avec un bond de près de 92 %, ML Euro Fevr, géré à Paris par l'entité de gestion d'actifs de la banque d'investissement de Merrill Lynch. Ce résultat est à mettre sur le compte d'une approche acheteuse de volatilité (celle de l'Euro-Stoxx 50), via des « swaps de variance », accompagnée d'un effet de levier de 2. Pour sa part, toujours dans ce domaine, Crédit Agricole Asset Management (CAAM) place un fonds Monde et un fonds Euro dans les cinq premiers produits. Les instruments financiers utilisés sont différents. « Mis à part sur le Nikkei, nous utilisons des options listées sur indices que nous couvrons avec des 'futures', afin de répliquer l'évolution de la volatilité implicite à un an, et non des 'swaps de variance', qui sont des produits de gré à gré, qui peuvent présenter des risques de contrepartie et de liquidité », détaille Gilbert Keskin, coresponsable de l'activité volatilité de CAAM. En outre, le gérant français a choisi d'avoir des positions soit acheteuses, soit vendeuses, selon le contexte de marché. Ce ne sont pas pour autant des fonds d'arbitrage car ils ne combinent pas en même temps des paris acheteurs et vendeurs sur différentes maturités. Cette approche directionnelle offre des perspectives de gains plus élevés que l'arbitrage, mais au prix d'un plus grand risque.
La volatilité aura ainsi été l'une des seules stratégies des gérants de fonds « absolute return » à atteindre ses objectifs, puisque ces produits dont la vocation est d'offrir un rendement régulier ont perdu en moyenne 3,42 % en 2008.