S&P et Moody's menacent de dégrader à nouveau la Grèce

Un déclassement en catégorie «BBB» par Moody’s pourrait alourdir le coût du financement du pays ou rendre inéligible au repo la dette grecque dès 2011

Par Tân Le Quang le 26/02/2010 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

La Grèce a tout intérêt à respecter à la lettre ses engagements de redressement de ses finances publiques. Les agences brandissent déjà la menace de nouvelles dégradations de sa note de crédit si ses projets d'austérité venaient à décevoir. S&P a maintenu mercredi sa note «BBB+» sous surveillance avec implication négative, mais n'exclut pas de la baisser, d'ici un mois, d'un à deux crans.

Tandis que le souverain grec est noté «BBB+» par Fitch, avec des perspectives négatives, les décisions de Moody's, qui note la Grèce à A2, pourraient être plus critiques pour le pays. Selon Pierre Cailleteau, responsable des notations souveraines chez Moody's, la Grèce risque une dégradation si elle rate son plan budgétaire.

Alors qu'Athènes a indiqué mercredi qu'aucun projet d'émission d'obligation n'était actuellement sur la table, une notation plus basse renchérirait le coût de son financement sur le marché. Une dégradation en catégorie «BBB» risquerait aussi de priver à terme le système bancaire grec du refinancement de la BCE. Celle-ci prend en collatéral les titres d'Etat notés au moins «BBB-» (et de nouveau «A-» à partir du 1er janvier 2011) par au moins l'une des quatre grandes agences (S&P, Fitch, Moody's ou DBRS). La Grèce est notée par les trois premières et par l'agence japonaise R&I, que la BCE ne «reconnaît» pas.

Selon UniCredit, si la Grèce venait à être notée «BBB» par les trois principales agences, sa dette ne serait donc plus éligible au repo dès janvier 2011.

D'après les analystes crédit de BNP Paribas, une dégradation par Moody's en dessous de «A2/P-1» déclencherait enfin, au détriment du gouvernement grec, des appels de marge plus élevés sur une transaction, dénommée Titlos, ou mènerait même au dénouement de cette dernière. Il s'agit d'une titrisation d'un accord de swap d'un montant de 5,5 milliards d'euros qui prévoit le paiement par le gouvernement grec d'intérêts à la National Bank of Greece. Un débouclage anticipé alourdirait la charge de la dette.

A l'heure où la grève nationale anti-austérité budgétaire bat son plein, les doutes sur la capacité de la Grèce à redresser ses finances semblent donc s'épaissir. Stables la semaine dernière autour des 350 pb, les spreads des CDS grecs se sont de nouveau dirigés vers la barre psychologique des 400 pb à 399 pb. Les taux à 10 ans grecs se sont tendus de 12 pb à 6,65%.

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