Ryanair change de cap. En décembre, alors qu'elle avait échoué à s'entendre avec Boeing sur une commande de 200 appareils (pour 15 milliards de dollars au prix catalogue), la compagnie irlandaise avait martelé son intention de mettre un coup de frein sur la croissance et de privilégier la distribution à ses actionnaires. A peine neuf mois plus tard, le discours a déjà évolué.
Hier, le directeur général Michael O'Leary a indiqué au Financial Times que des commandes restaient possibles, et pas seulement pour les 200 avions déjà évoqués. Il a cité le chiffre de 300 appareils au total soit auprès de Boeing, soit d'Airbus. Même si aucune discussion n'a été engagée avec les avionneurs, «cette interview a le mérite de souligner que l'option de la croissance et des gains de part de marché reste le choix préférentiel de Michael O'Leary», remarque Oddo Securities dans une note.
Ceci étant, ce revirement soulève quelques questions. La première concerne le calendrier de l'annonce. Oddo le juge «surprenant puisque les conditions tarifaires offertes par les avionneurs ne paraissent pas s'être dégradées depuis la fin de l'année 2009. Nous estimons même qu'Airbus et Boeing ont pu récemment consolider leurs carnets sur les B737 et les A320». Or, c'est sur les conditions du contrat qu'avaient achoppé les négociations en décembre. Bref, à l'exception d'une remotorisation des avions, le bureau d'études ne voit pas comment Ryanair pourrait désormais négocier une commande plus intéressante.
L'autre grande question que soulève ce revirement a trait à la politique vis-à-vis de l'actionnaire. Lors de la rupture des discussions avec Boeing, Ryanair avait précisé que ses investissements chuteraient. La compagnie avait dans la foulée chiffré à 1 milliard d'euros l'excédent de trésorerie pouvant être dégagé jusqu'en mars 2013 et avait du coup promis une redistribution de cet excédent.
Ryanair a déjà annoncé en juin le versement pour octobre d'un dividende exceptionnel de 500 millions d'euros, le premier dividende de son histoire. Mais aux yeux des analystes, il apparaît évidemment qu'une reprise des investissements condamnerait les espoirs de paiement d'un nouveau dividende en 2013. Michael O'Leary a lui-même dit que s'il était actionnaire, il ne parierait pas sur cette éventualité.