Cela se lit comme un best-seller» a ironisé hier soir James Peck, le juge des faillites chargé du dossier Lehman Brothers. Il évoquait ainsi le rapport indépendant, dont il venait d'autoriser la publication, rédigé après une année d'enquête par le président du cabinet d'avocats Jenner & Block, Anton Valukas, concernant les sources de la chute de la banque américaine en septembre 2008.
A défaut du succès littéraire promis par le juge, ce document de 2.200 pages fournit des arguments aux créanciers de la banque qui tentent de récupérer une partie de leur mise. Car le document met en cause de nombreux intervenants. Sans leur imputer la faute directe du naufrage de Lehman, Anton Valukas avance que l'ancien patron Richard Fuld ainsi que plusieurs autres hauts responsables (dont la directrice financière Erin Callan, Christopher O'Meara et Ian Lowitt), le cabinet d'audit Ernst & Young ou les concurrentes Citigroup et JPMorgan, ont bien pris une part active à l'effondrement de la banque, qui a précipité la plus importante faillite de l'histoire des Etats-Unis.
Les cadres dirigeants auraient ainsi approuvé des états financiers erronés et fait usage d'«astuces comptables» afin d'embellir les résultats. Particulièrement, la manipulation «Repo 105» aurait permis d'ôter quelque 50 milliards de dollars du bilan de la banque tout au long du premier semestre 2008, cela afin de garantir le maintien des notations de la part des agences de notation financière et la confiance des investisseurs. Une pratique initiée dès 2001, de manière discrète à partir de la filiale britannique de la banque. Richard Fuld aurait été «au moins très négligent» selon l'auteur du rapport.
Ce document met également en cause le cabinet comptable Ernst & Young pour son manque de vigilance à déceler et dénoncer certaines irrégularités.
Et les concurrentes de Lehman ne sont pas épargnées. JPMorgan et Citigroup auraient participé aux difficultés fatales de la banque à l'été 2008 en demandant davantage de nantissements et en modifiant les accords de garantie, affectant de façon directe la position de liquidité de Lehman. Un sujet au cœur de la chute de la banque selon le rapport rendu public hier.
Ce dernier écarte pourtant toute idée de malversations généralisées au sein d'une banque qui était semble-t-il aux yeux d'Anton Valukas d'ores et déjà insolvable plusieurs semaines avant sa mise en faillite à la mi-septembre 2008.