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Rémunérations encadrées, les traders sous tension |
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| Par Soraya Haquani |
le 21/01/2010 |
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La flambée des salaires fixes chez les banquiers anglo-saxons complique la donne pour les établissements français.
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Le calme avant la tempête ? Dans les salles de marché des établissements bancaires français, les professionnels attendent le versement de leur bonus annuel - qui interviendra entre février et mars prochains - avec une certaine nervosité. Il faut dire que l’année 2009 aura été dense en termes de mesures visant à encadrer la part variable de leur rémunération. Taxe exceptionnelle imposée aux activités de marché des banques en France et au Royaume-Uni, arrêté en date du 3 novembre 2009, et normes professionnelles émises par la Fédération bancaire française (FBF), c’est tout un arsenal qu’a mis en place le ministre de l’Economie, Christine Lagarde, pour tenter de contrôler et de limiter les bonus versés à partir de 2010.
Du coup, les spécialistes des marchés ne savent pas vraiment ce qui les attend sur le front de leurs rémunérations, fixe comme variable. « Les gens sont attentistes, constate Clément D., trader senior dans une salle de marché d’une grande banque française à Londres où travaillent plusieurs centaines de collaborateurs. La crise dure depuis juin 2007. Physiquement et moralement, tout le monde est éreinté, donc logiquement, le printemps va être crucial pour savoir si cela en valait la peine. » La question mérite d’être posée car depuis la mi-2009, la donne a fondamentalement changé en matière de rémunération globale (salaire fixe+bonus) pour les financiers des banques anglo-saxonnes. Pour compenser la baisse des bonus, ces dernières ont en effet revu très nettement à la hausse les salaires fixes de leurs cadres à l’échelle mondiale.
Distorsion de concurrence
« UBS, Citigroup, Morgan Stanley, Merrill Lynch et Barclays Capital l’ont fait, affirme un recruteur. Lorsque j’évoque avec des candidats les montants des salaires fixes qu’on leur propose, ils n’en croient pas leurs oreilles ! » Selon Eric Singer, associé fondateur du cabinet de chasse de têtes Singer & Hamilton, « des ‘managing directors’ de banques anglo-saxonnes à Paris sont passés de 200.000 euros de fixe à 300.000 euros ». « Dans certains établissements anglo-saxons, les ‘managing directors’ et les ‘executive directors’ ont vu leur fixe bondir de 100 % », remarque pour sa part Françoise Fiorentino, principal du cabinet CTPartners, en jugeant que « les banques perdent en flexibilité lorsqu’elles remontent les fixes de leurs équipes dans des ordres de grandeur aussi important ». Il est vrai que le bond est impressionnant. En 2009, les rémunérations fixes pour des professionnels des marchés au profil senior oscillaient à peu près entre 130.000 et 180.000 euros, la barre des 200.000 euros n’étant atteinte que par une poignée de financiers.
Ces nouvelles règles du jeu sur les salaires fixes compliquent la position concurrentielle des établissements bancaires français : comment retenir et attirer des talents dans un contexte où, d’une part, les bonus doivent désormais être pour partie différés et distribués en actions et où, d’autre part, les concurrents anglais et américains se montrent plus généreux sur les salaires ? Dans les banques de financement et d’investissement (BFI) tricolores, cet épineux sujet suscite peu de déclarations de la part des directeurs des ressources humaines et des dirigeants. « Il est trop tôt pour s’exprimer », indique un responsable dans une BFI parisienne. Mais certains grands banquiers ne masquent pas leurs critiques. « La tentation qu’ont certaines banques de remplacer tout ou partie du variable par une augmentation du fixe me paraît suicidaire. Beaucoup d’établissements n’y survivraient pas, à commencer par les banques à taille humaine », déclarait ainsi récemment, au quotidien Les Echos, Michel Cicurel, président du directoire de la Compagnie Financière Edmond de Rothschild.
Aux premières loges pour assister à la flambée des fixes par les groupes anglo-saxons, les recruteurs de cadres exécutifs dans la finance expriment des pronostics assez hétérogènes sur ce que prévoient de faire les BFI françaises. « Je ne suis pas sûr que les établissements français soient dans la logique d’augmenter leurs fixes de façon sensible. En termes d’équilibre financier, cela peut être dangereux. De manière générale, je doute que cette situation puisse être durable et se généraliser partout », estime Arnaud de Courson, associé du cabinet de chasses de têtes Transearch, tandis qu’Eric Singer juge que « pour éviter des distorsions de concurrence très dommageables, les Français devraient s’efforcer de trouver un alignement sur ce qu’ont fait leurs rivaux anglais et américains ». L’enjeu est d’autant plus crucial que la chasse aux talents est repartie, comme le confirme Tania Petersen, principal chez CTPartners : « Les banquiers sont très recherchés dans des segments comme les fusions-acquisitions et les ‘emerging markets’. Certains financiers au sein des banques françaises ont le sentiment d’avoir contribué au mieux l’année passée afin de gérer les secteurs sensibles. Aujourd’hui, les établissements ne peuvent pas se permettre de laisser partir leurs bons éléments. »
Des comportements nouveaux
Cette tension qui se fait déjà sentir sur le marché de l’emploi (lire l’encadré) a des répercussions sur les attitudes des principaux concernés. « Il y a une redéfinition totale des règles de gestion de carrière et des modes de comportement des professionnels de la finance, jeunes comme seniors, relève Denis Marcadet, président de Vendôme Associés. Le mercenariat se développe chez les plus jeunes, qui sont plus pragmatiques, plus opportunistes. Les seniors regardent désormais des structures auxquelles ils n’auraient jamais pensé avant la crise. » Même si son ampleur reste difficile à anticiper car le mercato « post-bonus » est traditionnel dans la finance, une fuite des cerveaux risque de se produire aux dépens des BFI françaises, surtout dans la mesure où certains spécialistes des marchés, comme les traders, ne cultivent pas vraiment la fidélité envers leur employeur. « Le trader donne sa loyauté à la communauté des traders car c’est elle qui va l’aider à gagner plus d’argent et à faire sa carrière. Son niveau de loyauté envers la banque qui l’emploie est proche de zéro, raconte Marc Lamy, président du cabinet de chasse de têtes Boyden. Le défi pour une banque est donc de faire d’un mercenaire, un partenaire, voire un missionnaire qui se sentira ‘attaché’ à la banque qui a su le fidéliser par les opportunités de carrière et par la reconnaissance de ses compétences plus que par l’argent. » Mais en attendant que les établissements parviennent à relever ce pari, « les financiers de type ‘mercenaires’, qui sont très attachés au salaire et mobiles, quitteront les banques françaises pour rejoindre des banques anglo-saxonnes », anticipe Marc Lamy.
Sur la question des rémunérations globales, Clément D. s’attend, lui, à des décisions au cas par cas au sein des équipes. « C’est vrai, les banques françaises ont la réputation d’être moins rémunératrices que les anglo-saxonnes. Mais il faut qu’il y ait des arbitrages car certains le méritent vraiment alors que d’autres se sont ‘reposés’ sur les forces vives, explique le trader. La rémunération au mérite devrait prévaloir. » Un autre paramètre devrait aussi entrer en ligne de compte pour les futurs transferts de financiers, rappelle Philippe Poincloux, managing consultant au sein du cabinet de conseil Towers Watson, spécialisé notamment sur les rémunérations : « Le marché est dans l’expectative en France ; et ce, aussi à cause des incertitudes sur la taxation des bonus outre-Manche. Tout va dépendre des prochaines élections britanniques qui auront lieu au plus tard en juin prochain. » Le printemps 2010 promet d’être chaud pour les banques et leurs professionnels des marchés…
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