Rabobank innove. La banque néerlandaise sonde les investisseurs sur un projet d'émission d'obligations hybrides dites contingentes (contingent capital bonds) qui lui permettraient sous certaines conditions de renforcer ses fonds propres. Un instrument novateur que les régulateurs bancaires voient plutôt d'un bon œil. Quatre banques ont été mandatées pour vendre l'opération: Bank of America Merrill Lynch, Credit Suisse, Morgan Stanley et UBS.
Avec un ratio de solvabilité equity tier one de 12,5%, Rabobank est l'une des banques les plus solides du monde. Si ce ratio tombait sous les 7%, les obligations que le groupe compte émettre seraient remboursées à 25% du pair. Le prêteur néerlandais enregistrerait donc un gain comptable de 75% qui irait directement renforcer ses fonds propres, puisque telle est la finalité de ce type d'instruments.
«Nous voulions être sûrs que même un risque impensable peut être couvert», souligne Bert Bruggink, le directeur financier de la banque. Les investisseurs peuvent être attirés de leur côté par un spread plus élevé qu'une obligation classique, avec un risque minime de remboursement à 25% compte tenu du profil de Rabobank, l'un des rares émetteurs encore notés «AAA» en Europe.
En Europe, seul Lloyds a émis pour l'heure un instrument comparable, les «CoCos» (contingent convertible) qui ont fait couler beaucoup d'encre. Les obligations Rabobank présentent cependant des différences notables. Il s'agit de dette senior, et non de titres subordonnés lower tier two; les obligations Lloyds seront converties obligatoirement en capital si le ratio core Tier one du groupe passe sous 5 %, ce qui était impossible dans le cas de Rabobank compte tenu de la structure mutualiste de la banque; enfin, le néerlandais émet de nouveaux titres, alors que son homologue britannique avait procédé à un échange.
Les professionnels de la dette placent de grands espoirs dans le développement de ce type d'instruments. Reste que les CoCos de Lloyds ont suscité un gros débat parmi les investisseurs, et ont été exclus à la demande de ces derniers des indices obligataires. Les analystes de CreditSights, eux, restent sceptiques: «nous nous demandons jusqu'à quel point l'opération Rabobank sera indicative d'une demande pour les instruments de capital contingent, compte tenu du profil de crédit inhabituellement solide de la banque».