Valoriser les produits complexes. L'offre de service pourrait sembler avoir été promue opportunément par SGSS (Société Générale Securities Services), alors que le sujet est devenu récemment un casse-tête pour la plupart des investisseurs. Mais les dirigeants du métier titres de la banque française ont su se doter dès 2005 d'une expertise en la matière et le pari s'est révélé gagnant. Dénommé « asset servicing », le pôle piloté dès l'origine par Philippe Rozental compte aujourd'hui une quarantaine de clients. « Nous étions début 2005 une petite équipe projet comportant cinq à six ingénieurs financiers et deux opérationnels, recrutés pour lancer l'activité de services sur les produits complexes, avec pour mission de définir les produits, l'offre commerciale et monter une expertise », se souvient Philippe Rozental, pour sa part ingénieur de formation et qui comptait une douzaine d'années de conseil en organisation dans des cabinets anglo-saxons. Outre une valorisation indépendante des produits dérivés de gré à gré (OTC) et des produits structurés, la vocation de l'asset servicing est d'offrir plus largement un service de middle-office pour ces instruments financiers, ainsi que des outils de reporting de performance et de production d'indicateurs de risque de type VaR (Value at Risk). « Nous avons bénéficié de la généralisation du recours par les investisseurs à ce type de produits, puis de la volonté des régulateurs d'exiger des intervenants une sécurisation des procédures, voire des valorisations indépendantes, qui doivent s'ajouter à celles réalisées par les banques d'investissement, les structureurs », observe Philippe Rozental, qui cite, entre autres, la demande de l'Acam (Autorité de contrôle des assurances et des mutuelles) de voir les assureurs rechercher une deuxième valorisation pour leurs produits complexes. En outre, depuis deux ans, de nouveaux textes réglementaires, en France comme dans le reste de l'Europe, ont soumis les gérants d'OPCVM aux mêmes types d'exigences.
L'activité a véritablement débuté en 2006 et a dès cette époque nécessité la constitution d'une équipe d'une quarantaine de professionnels, puis rapidement d'une soixantaine. Les premiers clients ont naturellement été apportés par les activités de valorisation d'OPCVM plus traditionnelles de SGSS (à l'origine Euro-VL, acquis en 2002), puis une clientèle externe faite de compagnies d'assurances, de banques d'investissement et de gérants de fonds a été constituée dès 2007. Cependant, la montée en puissance en 2009, et en particulier en fin d'année, avec par exemple deux fonds de pension britannique et finlandais, a été assumée à effectifs constants, grâce à des gains de productivité.
Double compétence
De constitution récente, l'équipe est donc plutôt jeune. La moyenne d'âge est d'à peine 31 ans. Responsable, à 32 ans et depuis janvier 2007, des services de valorisation des dérivés OTC et produits structurés - une vingtaine de collaborateurs -, Laurent Thuillier recrute en priorité des ingénieurs qui ont une double compétence quantitative et financière, et une première expérience en salle de marché de banque d'investissement, voire des jeunes diplômés. « Ils apprécient d'être polyvalents, ce que n'offrent pas les ‘desks' de structureurs dans les banques d'investissement, qui segmentent par type de produits, se félicite Laurent Thuillier. Nous valorisons des produits de toutes les classes d'actifs, actions, taux, matières premières, crédit, inflation, changes et produits hybrides. » Pour sa part, à l'inverse, Ronan Marguerie, responsable du middle-office depuis octobre 2007, mise sur des profils d'écoles supérieures de commerce, car « la partie commerciale est importante dans le middle-office. Nous sommes les premiers interlocuteurs des clients au quotidien, détaille Ronan Marguerie. Tout au long des processus, nous devons avoir les bons réflexes face aux incidents et même prendre les devants pour déceler d'éventuels problèmes ».
Argumenter face aux banques d'investissement
Les deux équipes sont donc très complémentaires. La première prestation standard du middle-office consiste en la tenue de position des produits OTC (n'étant pas cotés sur un marché, une documentation juridique claire est nécessaire et il faut saisir les spécificités de chacun d'entre eux dans les systèmes). « Nous intervenons quand l'opération vient d'être négociée entre la banque et l'investisseur, que le ‘term-sheet' - la confirmation d'exécution - vient d'être envoyé, précise Ronan Marguerie. Soit nous nous branchons sur le front-office du client, soit il a déjà un middle-office qui nous envoie les ordres. Il est plus ou moins équipé et nous nous adaptons à ses besoins. » Puis les services se succèdent : la gestion des confirmations, des détails juridiques et économiques, la gestion des paiements, les flux réciproques entre les parties et, plus cruciale, la « gestion du collatéral ». « Jusqu'à récemment, les gérants français recouraient à des produits de taux qui n'utilisaient pas de ‘collatéral'. Désormais, ils y font de plus en plus appel et nous leur offrons la possibilité de produire leurs propres données, pour vérifier les demandes d'appels de marge des banques d'investissement », ajoute Ronan Marguerie. Car le service comprend l'exécution des appels de marge, mais aussi, en amont, l'analyse pour chacune des positions du montant de la demande. « La plupart des gérants d'actifs n'étaient pas équipés pour les vérifier. Nous sommes les seuls à pouvoir argumenter, face à des banques d'investissement, un éventuel refus de s'exécuter », insiste le responsable du middle-office. Par le passé, les appels de marge étaient calculés unilatéralement par les banques, aussi, en dehors même de nouvelles contraintes réglementaires, Laurent Thuillier constate qu'« il est apparu nécessaire à tous les investisseurs institutionnels internationaux, du fait de l'apparition de nouveaux risques, d'obtenir des valorisations leur permettant de bien mesurer leurs expositions vis-à-vis de leurs contreparties ».
La clientèle est désormais étrangère pour moitié, mais tous les collaborateurs restent concentrés au siège, à la Défense. « Une exception sera faite dans les semaines à venir, dans le cadre d'un important contrat à Dublin, qui nécessitera l'envoi d'un premier collaborateur expatrié sur place », précise cependant Philippe Rozental. Une première qui pourrait être suivie d'autres développements, au gré des transactions réalisées avec de grands investisseurs internationaux.