Lorsqu’on connaît l’ampleur des impacts générés par la directive MIF, on peut s’étonner d’une telle différence de positionnement quant aux défis générés par son application. Différences culturelles, appréciation et jugements divergents voir contradictoires sur les impacts de la directive, spécificité liée à la stratégie et à la structure des établissements assujettis, telles peuvent être les causes principales de ces différences de point de vue. On peut distinguer quatre grands types de stratèges : les Opportunistes, avec une réelle volonté de saisir des parts de marché sur la concurrence grâce aux bouleversements générés par la directive, les Pragmatiques, plus pratiques, les Conformes, minimalistes et les Retardataires, ouvriers de l’urgence.
La première catégorie d’acteurs, les Opportunistes, est essentiellement composée de Britanniques. Les anglais ont été, en effet, les premiers à s’emparer avec une réelle volonté d’appropriation capitaliste de la problématique MiFID. Conscients de l’apparition d’un véritable «Big Bang» financier, ils ont été, les premiers à travailler sur les différents sujets qu’elle véhicule. «Best Execution», Data Management, Catégorisation clientsfurent dès mai 2005 autant de sujets abordés dans les groupes de discussions du 1er Joint Working Group européen. Enfin la FSA (Financial Services Authority) a été l’une des autorités de marchés les plus écoutées, mais aussi les plus prolixes en matière de recommandations concernant les difficultés et opportunités révélées par la directive MIF.
Les britanniques ont été les premiers à avoir cerné les enjeux stratégiques liés à la mise en place de la directive qui, en modifiant profondément le paysage financier européen, allait leur donner l’opportunité d’asseoir leur position sur l’ensemble des Places financières européennes.
La deuxième catégorie, les Pragmatiques, est caractéristique du monde financier allemand. Nos voisins germaniques sont, quant à eux, partis relativement tard dans la course engagée par la directive MIF. Malgré tout, concentrant leurs forces autour de la directive, ils ont aujourd’hui avancé relativement rapidement sur le sujet.
Leur approche pragmatique, leur culture d’un système financier à plusieurs places d’exécution des ordres leur ont permis de s’approprier les différents défis de cette directive. Réactifs, ils ont su mettre en place des groupes de travail efficaces qui ont produit des documents opérationnels, pratiques, pertinents et complets. Véritables manne du savoir bancaire et financier allemand, ces documents non seulement bénéficient aujourd’hui d’une grande légitimité mais sont également jalousement gardés par les instances nationales allemandes. Ces méthodes et approches, développées collégialement, pourraient être à l’origine du retour de la dominance allemande sur les places financières.
La position française s’apparente davantage à la troisième catégorie, les Conformes, limitant sa stratégie à une conformité réglementaire à minima, et cela afin d’éviter les impacts induits de l’adaptabilité et de l’optimisation liée à la directive MIF. Ne s’étant pas approprié l’ensemble des problématiques de la directive dès 2005, la place financière française a commencé relativement tard ses travaux d’élaboration. L’actuelle diversité des événements de Place sur le sujet souligne l’importance qu’accordent désormais les acteurs du monde financier français à MiFID. Ils se documentent, benchmarkent les approches des concurrents nationaux et/ou européens. L’approche n’est cependant pas aussi coordonnée que celle de nos voisins anglo-saxons ou germaniques. Il n’existe encore que très peu de travaux et discussions de place par rapport, chacun souhaitant, du fait des impacts stratégiques de la directive, développer (individuellement…) sa propre approche de mise en œuvre. Malgré ce retard, la France reste cependant très écoutée sur l’ensemble des places européennes grâce notamment aux travaux menés par l’AMF qui a su, dès le début, s’imposer par rapport à ses homologues européens en procurant au paysage financier des documents pertinents et légitimes, éléments de référence incontournables. Le rapport «Best Execution» a été, de son côté, loué par l’ensemble de la profession financière européenne.
Les autres pays européens sont classés dans la dernière catégorie: les Retardataires puisqu’ils n’ont pas encore concrètement travaillé sur le sujet. Peu de groupes de discussions existent en dehors des trois pays européens précités. Les pays latins, par exemple, éprouvent déjà certaines difficultés à suivre l’allure imposée par les leaders de cette course au Réglementaire. Ils ne respecteront pas, selon leurs autorités de tutelle, les délais européens. La banque d’Italie a effectivement annoncé que les banques italiennes ne seraient pas prêtes pour l’échéance de novembre 2007. D’autres pays tels que l’Irlande ont décidé de suivre les traces des grandes places financières européennes. Saint Patrick suivra donc officiellement son grand frère londonien.
La diversité de comportements observés souligne les grandes difficultés que rencontrent les places financières actuelles pour travailler ensemble, de manière homogène et cohérente. Le «nationalisme» financier fait de la résistance aux exigences supranationales de la Commission européenne, notamment à cause des enjeux stratégiques impliqués par la mise en place de MIF. On ne pourra donc pas espérer apercevoir les «Best Practices» européennes avant novembre 2007. Celles qui s’imposeront à l’ensemble de la place financière après l’échéance réglementaire sont encore bien difficiles à définir. Tel est l’enjeu de la réussitede cette mise en place: plutôt que de subir, peut être vaut-il mieux participer … et comme dit le proverbe, rien ne sert de courir, encore faut-il partir à point. Bien que Français, La Fontaine n’en était pas moins anti-conforme…