Michel Camdessus a été officiellement investi vendredi par la ministre de l'économie Christine Lagarde de sa mission d'analyse - ou de «contrôle» selon le qualificatif que lui-même préconise - des rémunérations au sein des banques ayant reçu une aide publique en fonds propres dans le sillage de la crise financière. Cela, conformément au souhait exprimé par Nicolas Sarkozy le mois dernier.
L'ancien gouverneur de la Banque de France et directeur général du FMI se verra ainsi remettre l'ensemble des grilles de rémunérations des professionnels de marché, à savoir les opérateurs mais aussi leur encadrement, ainsi que le détail des cent rémunérations les plus élevées parmi eux. Sont concernées BNP Paribas, la Société Générale, le Crédit Agricole (et donc Calyon), BPCE (et donc Natixis), le Crédit Mutuel et Dexia.
Une mission qualifiée de « temporaire », mais qui ne cessera qu'au terme de l'exercice suivant celui du remboursement des aides, soit au mieux fin 2011.
Si ses recommandations formulées aux banques devaient ne pas être respectées, le « superviseur » pourra alerter la Commission bancaire, les conseils d'administrations, voire les assemblées générales. Cela sans omettre les intérêts de l'Etat actionnaire et dans le cadre des règles nationales et internationales. En France, les banques se sont engagées fin août à étaler sur trois ans au moins la moitié des bonus, et à appliquer le cas échéant un « malus » sur cette part variable.
Vendredi encore, la commissaire européenne à la Concurrence Neelie Kroes a affirmé sa volonté d'évaluer la pertinence des politiques de rémunération variable au sein des banques ayant reçu une aide publique.
Concernant l'épineuse question d'un éventuel plafonnement réglementaire des bonus, une idée française, Christine Lagarde a confirmé hier sa « très vive détermination » et son « très vif espoir » d'aboutir à une solution commune à l'occasion du prochain sommet des chefs d'Etat et de gouvernement du G20 à Pittsburgh. Un sentiment partagé selon elle par le président de la République. La semaine dernière pourtant, la directrice générale de la Fédération bancaire française, Ariane Obolensky, a tenu à rappeler la réticence des banques françaises à ce sujet, qui n'a de sens que si l'ensemble des banques internationales se prêtent au jeu. Contraintes par la loi ou pas. Or, à ce jour, seuls les Pays-Bas ont opté pour une telle mesure.