Les banques françaises nourrissent des relations ambiguës avec le conseil en fusions-acquisitions (M&A). S'il n'est pas le plus rémunérateur, ce métier permet aux établissements d'entrer en relation avec de nouveaux clients et de favoriser les ventes croisées. Les deux acteurs qui, parmi les établissements français, ont les activités d'investissement les plus importantes (BNP Paribas et la Société Générale) nourrissent l'ambition d'être des acteurs majeurs du M&A en Europe, voire dans le monde. C'est notamment le cas de la banque de la rue d'Antin, qui, si elle domine le marché en France, peine encore à s'établir en conseiller incontournable à l'étranger.
Avec une opération de 43 milliards de dollars, BNP Paribas joue gros en cas de succès de l'offre publique d'achat (OPA) de l'anglo-australien BHP Billiton (qu'elle conseille) sur le canadien Potash. Pourtant, en considérant les opérations annoncées en dehors de l'Hexagone, sa place reste modeste sur le marché.
Selon Thomson Reuters, BNP Paribas occupe la 13e position du classement mondial dans le M&A hors France au 20 août 2010 (avec un peu plus de 70 milliards de dollars de transactions conseillées). C'est certes bien mieux qu'en 2009 (où BNP Paribas était descendue à une peu flatteuse 36e place), mais légèrement moins bien qu'en 2008 (12e).
Bien entendu, de nombreuses autres banques sont également créditées de l'opération BHP/Potash (Barclays, JPMorgan, Santander, RBS et TD Securities, dont les trois premières devancent BNP Paribas). En outre, les opérations sur les marchés domestiques des rivales de la Française ont été prises en compte – ce qui peut paraître arbitraire. Mais le classement montre que la capacité de BNP Paribas à chasser sur les terres des autres est encore limitée.
Pour faire justice à la banque dirigée par Baudouin Prot, la Société Générale (qui veut intégrer le top 10 en 2015) ne s'en tire pas mieux: elle affiche une 24e place en 2010, contre une place au-delà des 50 en 2009 et une 27e position en 2008.
Ceci dit, signe que les choses évoluent dans le sens souhaité par BNP Paribas, le poids de ses revenus tirés des transactions n'impliquant aucune partie française ne cesse de progresser. Selon les estimations de Freeman & Co utilisées par Thomson Reuters, il est passé à 75% en 2010 (au 20 août), contre 66% en 2009 et 59% en 2008.