L'étau se resserre autour des acteurs du marché des CDS

Des deux côtés de l'Atlantique, pouvoirs politiques et régulateurs sont décidés à limiter rapidement la spéculation sur les dettes d'Etat

Par Alexandre Garabedian le 04/03/2010 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

Le président de la FSA, Lord Turner, s’est interrogé sur l’utilité du CDS

Cela ressemble à un tir groupé. La crise grecque et l'accès de faiblesse de l'euro déclenchent une réaction rapide des régulateurs et des pouvoirs politiques du monde entier. Hier, la Commission européenne a indiqué qu'elle convoquerait demain banques et superviseurs financiers pour discuter du marché des CDS souverains, dans la continuité des propos tenus la veille par le commissaire Michel Barnier.

Outre-Manche, le président de la FSA, Lord Turner, s'est interrogé sur l'utilité du CDS, qui équivaut à une assurance contre le risque de défaut. «Il y a des questions ouvertes, comme de savoir s'il devrait être permis de souscrire un contrat d'assurance sur un actif dans lequel vous ne détenez pas d'intérêt», a-t-il souligné.

Aux Etats-Unis, l'initiative du département de la Justice a suscité encore plus d'inquiétudes de la part des opérateurs de marchés. Pas de CDS souverains dans le collimateur, mais la justice américaine a demandé à plusieurs hedge funds de conserver l'historique de leurs opérations sur l'euro. Les patrons de ces fonds avaient participé mi-février à un dîner à la tonalité très défavorable à la monnaie unique.

Il serait difficile d'imputer les déficits de la Grèce ou du Royaume-Uni aux acheteurs de CDS, constitués de hedge funds mais aussi de banques cherchant à couvrir leurs portefeuilles obligataires. «Le marché obligataire [cash] reste le marché dominant concernant la valorisation des dettes souveraines», rappellent les économistes de Natixis, en soulignant que la dette grecque a d'abord pâti depuis l'automne d'une forte hausse des intérêts vendeurs sur le cash.

Mais au-delà de la tentation populiste, qui désignerait les spéculateurs comme source de tous les maux des Etats, la reconstitution du levier dans les hedge funds suscite une réelle inquiétude chez les régulateurs. Les banques centrales ont créé des conditions de financement très accommodantes qui profitent aussi aux fonds d'arbitrage par le biais de leurs prime brokers, et peuvent alimenter la spéculation sur les dettes d'Etat.

Des réponses réglementaires sont donc à attendre. Dans l'immédiat, les déclarations fortes de ces derniers jours peuvent expliquer la détente intervenue sur les CDS souverains et l'euro/dollar. «Cela pourrait encourager certains spéculateurs à couper leurs positions vendeuses sur la parité», estiment les stratégistes change de HSBC.

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