Les réassureurs semblent fragilisés à l'approche de la saison des ouragans

Moody’s s’inquiète du niveau de capitalisation au sein du secteur, bien souvent situé en deçà de la valeur d’actif net

Par Benoît Menou le 09/06/2010 pour L'AGEFI Quotidien - Edition de 7H

 
 

Photo de l'ouragan Felix en 2007, photo NOAA via Bloomberg

Les investisseurs répondront-ils présents? Moody's s'en inquiète, instituant comme principal facteur d'incertitude pour le secteur de la réassurance les difficultés auxquelles les acteurs pourraient devoir faire face pour lever des capitaux dans le sillage d'une catastrophe naturelle majeure. De mauvais augure alors que la saison des ouragans, qui s'annonce particulièrement active, vient de débuter dans l'Atlantique.

L'agence souligne que les réassureurs ne disposent pas d'une capitalisation suffisante pour faire front. La faute en incombe aux investisseurs, qui valorisent bien souvent les titres en deçà de la valeur d'actif net. Bloomberg rappelle que ce ratio s'établit respectivement à 0,82 et 0,66 pour les numéros un et deux mondiaux, Munich Re et Swiss Re. Si les investisseurs se montrent méfiants aujourd'hui, ils pourraient ne pas soutenir pleinement les nécessaires efforts de recapitalisation.

Or, comme l'avance Kevin Lee chez Moody's, l'ensemble du secteur pourrait bien se ruer vers les marchés de capitaux dans le sillage d'un événement d'envergure. L'analyste prévient que la concurrence pour séduire les investisseurs devrait être bien plus rude qu'après le passage de Katrina. De quoi, du fait des leviers financiers plus élevés que seraient contraints d'appliquer les réassureurs, faire peser une menace sur leurs notations, rendant dès aujourd'hui les obligataires «particulièrement vulnérables».

L'agence est d'autant plus soucieuse que la base actionnariale du secteur est «très concentrée». Les vingt principaux investisseurs du secteur, au premier rang desquels Fidelity ou Wellington, représentent partout entre un tiers et la moitié du capital. Moody's assure que l'actuel mouvement de relocalisation des holdings vers l'Europe, à l'image de XL Capital venant des Bermudes vers l'Irlande, pourra aider à long terme à une salutaire diversification actionnariale. L'agence reste plus sceptique face aux autres voies suivies pour remédier au souci de valorisation, comme les rachats de titres ou les fusions.

Face à cet horizon incertain, Munich Re a indiqué hier que son objectif de résultat annuel net de 2 milliards d'euros serait encore plus difficile à atteindre après que le groupe a révisé à la hausse, de 700 millions à un milliard de dollars, son estimation de perte liée au séisme au Chili en février dernier.

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