DOSSIER Caisses de retraite

Les préparatifs pour 2010 s'accélèrent

Pour pallier leurs déséquilibres financiers, les régimes complémentaires ont engagé une vaste rationalisation.

Par Thomas Carlat le 03/12/2009 pour L'AGEFI Hebdo

 
 

L'année 2010 sera un rendez-vous capital. Il faudra que tout soit mis sur la table : l'âge de la retraite, la durée de cotisation et, bien sûr, la pénibilité. » Lors de son discours devant le Congrès rassemblé à Versailles le 22 juin 2009, le président de la République Nicolas Sarkozy a clairement affiché sa volonté de réformer le système des retraites l'an prochain. Le 1er
février 2010, le Conseil d'orientation des retraites doit d'ailleurs remettre son rapport, préalable indispensable au lancement d'un vaste débat national. L'urgence est réelle. Vieillissement de la population oblige, le régime de base géré par la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) accuse année après année des déficits considérables. Pire, la situation commence également à se dégrader au niveau des régimes de retraite complémentaire. Ainsi, les fédérations Agirc et Arrco, qui gèrent respectivement les retraites des cadres et des salariés du secteur privé, devraient finir l'exercice 2009 dans le rouge. D'après leurs dernières estimations, le déficit s'établirait à 420 millions d'euros pour l'Arrco et à 963 millions d'euros pour l'Agirc. Soit un total de 1,38 milliard d'euros. Et 2010 ne s'annonce guère sous de meilleurs auspices. Les deux organismes tablent en effet sur un déficit cumulé de 3,8 milliards d'euros, dont 2,1 milliards pour l'Arrco et 1,68 milliard pour l'Agirc. « Le problème de fond est simple : il faut trouver un supplément de financement pour maintenir l'équilibre des régimes et le niveau des garanties à un moment où la hausse du chômage diminue le niveau de cotisation », résume Thierry Brevet, responsable de l'activité conseil en investissement chez Mercer.

Moins de caisses Agirc-Arrco

Les caisses de retraite complémentaire n'ont pourtant pas attendu le « rendez-vous 2010 » pour s'attaquer à la dégradation de leurs équilibres financiers. Depuis les accords de 1996, renouvelés le 10 février 2001, l'Agirc et l'Arrco, qui couvrent environ 70 % des actifs en France, se sont en effet engagés dans un vaste chantier de rationalisation de leurs régimes. Objectif : rendre plus lisible un système particulièrement complexe, améliorer la qualité de service et, surtout, réduire leurs coûts de gestion. Pour y parvenir, les deux fédérations ont décidé, dans un premier temps, de diminuer drastiquement le nombre de caisses de retraite complémentaire. « Entre 1996 et 2009, le nombre des caisses Agirc est passé de 51 à 20, celui des caisses Arrco de 93 à 24 », indique Pierre Guillocheau, directeur du pôle retraite complémentaire chez Malakoff Médéric. « Avec la création d'un régime Agirc unique et d'un régime Arrco unique, la multiplication des caisses de retraite ne se justifiait plus », précise Hervé Bachellerie, directeur général adjoint chez Agrica. La mue est loin d'être complète. Les deux fédérations veulent que les groupes de protection sociale ne comptent qu'une caisse Agirc et une caisse Arrco en leur sein. « Aujourd'hui, nous avons encore deux caisses de retraite Agirc et deux caisses Arrco, souligne Pierre Guillocheau. D'ici à fin 2010, nous aurons une seule caisse Agric et une seule caisse Arrco. »

Pour accélérer la réduction des coûts de gestion de leurs systèmes et réaliser de substantielles économies, les fédérations Agirc et Arrco ont également décidé de jouer sur le levier informatique. « Les coûts informatiques représentent 20,7 % des coûts de gestion de la retraite complémentaire », poursuit Pierre Guillocheau. Dès 2001, elles ont donc lancé le projet « Usine retraite » dont l'objectif est d'aboutir à la construction, à horizon 2013, d'un système d'information unique pour toute la gestion des retraites complémentaires. Un projet d'envergure. Initialement, le budget de ce projet était évalué à 500 millions d'euros. Aujourd'hui, certains acteurs évoquent un montant total supérieur au milliard d'euros !

Cette vaste démarche de rationalisation au sein des deux fédérations n'est pas sans incidence sur les groupes de protection sociale ou les institutions de prévoyance. La gestion des caisses de retraite complémentaire, en délégation des fédérations Agirc et Arrco, constitue en effet leur cœur de métier. Or, l'Agirc et l'Arrco ont fortement incité aux rapprochements de ces groupes. « En 2000, on comptait une quarantaine de groupes de protection sociale, relate Hervé Bachellerie. Or, la décision des fédérations a été de ramener le nombre des groupes à 25 à horizon trois ans. » Le projet « Usine retraite » a accéléré davantage ce processus de concentration du secteur. L'Agirc et l'Arrco ont en effet invité les groupes de prévoyance à se réunir au sein de groupements d'intérêts économiques (GIE) informatiques. Six GIE, pilotés par les ténors du secteur de la protection sociale, se sont alors constitués, à charge pour eux de développer les composantes applicatives de la future « Usine retraite » (voir l'illustration ci-contre). Une démarche structurante qui a poussé certains groupes de protection sociale à aller au-delà de la simple mutualisation de moyens informatiques pour fusionner purement et simplement. « L'amélioration et la rationalisation des outils de gestion notamment poussent à la concentration des institutions de retraite pour dégager des synergies », observe Thierry Brevet. De fait, au cours des dernières années, les rapprochements se sont accélérés : mariage entre AG2R et La Mondiale, fusion entre Malakoff et Médéric, rapprochement entre Novalis et Taitbout, alliance entre Apri et Ionis pour donner naissance au groupe Aprionis. « Le nombre de groupes de protection sociale en France a été divisé par trois au cours des dix dernières années, indique Pierre Monteil, directeur général délégué chez AG2R-La Mondiale. Nous sommes aujourd'hui 18 groupes de protection sociale et nous pensons que ce nombre sera encore divisé au cours des prochaines années. » D'autres projets sont en effet en cours : discussions entre AG2R La Mondiale et Réunica d'une part, entre les groupes Mornay et D&O d'autre part, fusion annoncée en 2011 entre Vauban Humanis et Aprionis. « Le chiffre symbolique des dix groupes de protection sociale pourrait être atteint début 2011 », estime Philippe Perez, directeur assurance et protection sociale chez Alturia Consulting. Mais la concentration pourrait être d'une plus grande ampleur. « On entend dire aujourd'hui qu'il restera cinq groupes à terme », évoque Hervé Bachellerie.

Des obstacles professionnels et politiques

Pourtant, ce mouvement de rapprochement connaît ses limites. Ainsi, certains groupes de protection sociale, spécialisés dans des secteurs bien spécifiques (bâtiment, agriculture...), n'entendent pas y jouer un rôle afin de préserver leur identité et maintenir intact leur attachement à la profession couverte. « Nous ne sommes pas concernés par les mouvements de fusion actuels car nous ne cherchons à fusionner avec personne, avance sans ambigüité Paul Grasset, directeur général de ProBTP. Nous restons très attachés à notre spécificité professionnelle. » Le groupe a pourtant créé une association avec les groupes Agrica, Lourmel et IRP Auto visant à mutualiser des outils informatiques. « Nous sommes dans une logique de partenariat avec de la mutualisation de moyens car c'est le nerf de la guerre, souligne Paul Grasset. Mais il n'y a aucune volonté de fusionner. » Certaines professions ont pourtant démontré qu'un mariage était possible. Ainsi, le 1erjuillet 2006, les caisses de retraite des commerçants et des artisans se sont rapprochées pour aboutir à la création d'un opérateur unique, le régime social des indépendants (RSI), qui concerne 4 millions de personnes. L'enjeu était clairement de réaliser de significatives économies d'échelle. Mais réduire le nombre d'institutions de retraite se heurte également à des problèmes politiques internes. Les groupes de protection sociale sont avant tout des régimes paritaires où les organisations syndicales jouent un rôle majeur. Or, ces dernières ne sont pas nécessairement prêtes à abandonner un de leurs derniers bastions en termes de représentativité syndicale. Les discussions s'annoncent donc intenses lors du fameux « rendez-vous 2010 ».

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