Les démêlés judicaires entre Urbania et la Société Générale (SG) ne vont pas contribuer à améliorer l'image des administrateurs de biens, souvent critiqués pour leur manque de transparence. La banque a en effet déposé en décembre dernier auprès du Parquet de Paris une plainte pour abus de confiance visant le troisième syndic français, après avoir constaté la baisse illégale des encours des «comptes mandants», sur lesquels sont placées les sommes avancées par les locataires ou copropriétaires pour couvrir les charges de leur logement.
N'ayant pu obtenir le rééquilibrage de ces comptes, SG soupçonne Urbania d'avoir utilisé une partie des fonds comme trésorerie afin de développer son activité, en ayant eu recours à des «comptes reflets», qui avaient été transférés avec son accord vers d'autres établissements. Ouverts par certains syndics, ces «comptes reflets» sont dotés par les banques des mêmes sommes que celles des comptes mandants, mais ils génèrent des intérêts via des placements monétaires ou obligataires. SG aurait depuis lors suspendu ses crédits, suivie par d'autres banques comme Monte Paschi, Fortis ou la La Banque Française, pour un montant de 500 millions, selon plusieurs articles de presse. Les fonds mandants captés à d'autres fins par Urbania se situeraient entre 200 et 300 millions d'euros.
Invoquant une opération de haut de bilan requalifiée en emprunt à court terme, le groupe voit derrière ces attaques «une entreprise de déstabilisation au profit de Nexity», en négociation pour son rachat depuis quelques mois. La situation financière d'Urbania, composé d'une nébuleuse de sociétés, semble en tout cas suffisamment affaiblie pour que ce dossier soit suivi par le Comité interministériel de restructuration industrielle (Ciri), rattaché à Bercy.
Le syndicat professionnel UNIS, auquel Urbania est affilié majoritairement, a déclaré que le Groupement français de caution, la mutuelle d'assurances qui garantit les dépôts des clients du groupe, lui aurait assuré que «ceux-ci n'avaient rien à craindre». L'association des responsables de copropriété (Arc) a réagi en estimant que cette affaire impose l'ouverture obligatoire d'un compte séparé par propriété et qu'il fallait «réformer d'urgence» le système de garantie des syndics professionnels concernant les fonds mandants.