Les notes de Nokia sont-elles en risque? Alors que l'agence de notation Standard & Poor's a placé en juin la note A de l'équipementier télécoms sous perspective négative, le marché semble d'ores et déjà avoir intégré une dégradation. Un simple coup d'œil au spread entre les obligations février 2014 de Nokia et les titres d'Etat allemands de même échéance permet de s'en apercevoir.
Tandis qu'il fluctuait entre 70 et 80 points de base au printemps dernier, cet écart de rendement avoisine aujourd'hui les 130 pb. Certes, Nokia a connu pire puisque cet été, le spread a approché les 160 pb. De surcroît, le finlandais n'est pas le seul à avoir vu ses spreads s'écarter face au souverain avec la baisse des rendements d'Etat. Il n'empêche que l'équipementier n'est plus en ligne avec les standards. Pour preuve, l'indice Merrill Lynch qui suit la dette des corporate de la catégorie A fait ressortir un écart moyen de moins de 110 pb avec les taux allemands.
Comme le remarque la recherche crédit de BNP Paribas, «Nokia était dans une telle position dominante il y a encore deux ans que l'idée qu'il puisse tomber de son piédestal n'était pas vraiment envisagée». Mais pour la banque le constat est sans appel: Nokia «traite aujourd'hui sur des niveaux de groupes moins bien notés».
La comparaison avec Ericsson apparaît également cruelle pour le groupe finlandais. Face aux obligations allemandes, la dette d'Ericsson de maturité comparable paie une prime de 157 pb mais le groupe n'est noté que BBB+. Et surtout, cette prime ne s'est écartée que de 30 pb depuis le printemps.
Le bilan côté CDS est du même acabit. Les CDS à 5 ans de Nokia sont passés de 45 pb à 112 pb depuis avril. Là encore, Nokia a suivi un mouvement général comme en témoigne l'indice iTraxx des groupes européens de catégorie investissement. Ceci étant, l'écartement moyen sur le marché a été nettement moins marqué: de 80 bp à 117 pb. Sur ce point aussi, Ericsson a mieux résisté. Ses CDS sont sur la même période passés de 75 à 99 pb.
Beaucoup s'attendent donc à ce que les pressions sur les notes de Nokia s'accroissent. «D'une position de leader incontesté, Nokia est passé à celle de groupe attaqué de toutes parts par la concurrence», résume un analyste crédit de la Société Générale.